La revue de presse… Débat interdit ou débat nécessaire ? Les journaux se divisent sur les fichés S…
Un nom omniprésent dans la presse, Khamzat Azimov, le terroriste islamiste au couteau…
De sa victime de 29 ans, égorgée, on ne connait que le prénom, Ronan… Et quasiment rien… « Un garçon d’une grande générosité », « toujours le sourire », disent ses voisins sous le choc…
On pense à sa famille qui entend répéter depuis hier que « le risque zéro n’existe pas »…
Ronan s’inscrit dans une longue liste de victimes tombées à Marseille, dans l’église de Saint-Etienne du Rouvray, à Magnanville, etc.
Khamzat Azimov s’inscrit lui dans une longue liste de terroristes « déjà connus des services de renseignements », qui le suivaient « à bas bruit » selon le jargon tristement consacré… Le Figaro de citer les noms de Merah, Nemmouche, Coulibaly, Lakdim, les frères Kouachi…
Tous fichés S !
Est-il « démagogique » d’entrer dans la polémique sur les fichés S ?
Est-ce faire de la « surenchère sécuritaire » ?
Est-ce remettre en cause la nécessaire « unité nationale » ?
Démagogie, surenchère, c’est la critique formulée par Libération, Les Dernières nouvelles d’Alsace ou encore Le Midi Libre. Visés : LR et le FN…
Mais pour L’Opinion, si l’on veut bien s’écarter du jeu des postures politiques, « on aurait tort de refuser le débat sur l’objet de la polémique, ce fichier S qui , en somme, permet de savoir sans agir. Chaque tueur S souligne en creux les insuffisances de l’Etat, les faiblesses du renseignement. »
L’enjeu, insiste Rémi Godeau dans L’Opinion, est de ne pas laisser s’installer le sentiment d’impuissance…
Impuissance, le mot est aussi utilisé par Le Figaro…
Si le fichier S ne sert qu’à « remonter les filières », nous sommes condamnés à vivre la tragédie de cette répétition sans fin, prisonniers de nos aveuglements qui scellent notre impuissance, écrit Laurence de Charrette qui voit la France schizophrène…
« La France schizophrène pleure ses victimes tout en fermant les yeux sur le fondamentalisme qui gangrène les banlieues et les écoles. Elle prétend défendre l’égalité femme-homme dans les moindres détails de la loi, mais laisse dans certains quartiers les salafistes contrôler la tenue et les cabas des femmes… »
Ce commentaire dans l’éditorial du Figaro est sans doute inspiré par la lecture du Journal du Dimanche, qui titrait en gros hier « Salafistes, comment ils tissent leur toile ».
Il était fait mention de notes du Service central du renseignement territorial concernant un quartier de la commune de La Verrière, dans les Yvelines.
Selon des témoignages, une police des mœurs aurait été imposée, veillant au respect des règles vestimentaires, le voile pour les femmes le plus souvent cantonnées dans leur univers domestique, et pousserait jusqu’à la vérification des cabas pour s’assurer de la qualité halal des aliments et déceler l’achat d’éventuels produits prohibés.
Les réfractaires seraient pris pour cibles : harcèlement collectif, voire violences physiques (crachats, jets de pierre…) Un nouvel ordre salafiste, soupçonné d’être un vivier d’aspirants à la violence, dans la zone sensible du Bois de l’Etang…
Comment ça se passe à l’étranger ? L’exemple des Etats-Unis…
C’est dans le journal le plus hostile à « l’arme de la simplicité » brandi selon lui par la droite et l’extrême-droite (solutions contraires à l’Etat de droit et même aux attentes des policiers) qu’on nous présente le choix… américain !
Méthodes dérangeantes, mais efficaces, souligne Libération.
Deux chiffres : depuis le traumatisme du 11 septembre 2001, les attentats jihadistes ont fait 103 morts aux Etats-Unis, soit environ 6 par an.
Beaucoup moins que les 246 personnes tuées en France depuis 2015…
Cela tient notamment à des méthodes beaucoup plus agressives des forces de sécurité.
Après le 11 septembre, le FBI a ainsi recruté des milliers d’informateurs, parfois sous la menace, afin d’infiltrer la communauté musulmane. Une fois détectés, les individus radicalisés sont souvent placés sous surveillance, voire « poussés au crime » par des agents sous couverture. Se faisant passer pour des recruteurs du groupe Armée islamique, ou des terroristes e n puissance, ces derniers piègent leurs cibles en leur fournissant des conseils, de l’argent voire des armes ou des bombes factices pour les inciter à passer à l’acte. Avant de les arrêter, avec à la clé de lourdes condamnations.
Cette méthode contestée suscite, selon un universitaire américain, « la jalousie des services de sécurité » en Europe, où elle est illégale. A lire dans Libération…
Les autres grands titres du jour…
Journée noire à la SNCF…
Journée plus que symbolique à Jérusalem, avec l’inauguration de l’ambassade américaine… avant une semaine à hauts risques…
Jours sombres en Italie avec l’installation d’un gouvernement antisystème…
Antisystème, le mot fait son entrée dans Le Robert, nous apprend Le Parisien…
Antisystème, « qui s’oppose au système en place », selon la définition choisie (et minimale) !
Les Echos, qui titrent « Un scénario qui inquiète l’Europe » trouvent des synonymes sans doute plus parlants pour ce mariage entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue, la carpe et le lapin : toujours plus loin dans l’ « absurdie », « du grand n’importe quoi ».
Michel Grossiord