La revue de presse… Une question existentielle qui va hanter toutes les personnes réunies dans ce studio !
A quoi servent encore les journalistes ?
C’est un journal qui pose cette question. Et sur toute sa première page.
Ce journal n’annonce pas son dernier numéro ce jour, La Croix, puisqu’il s’agit de La Croix, doit encore considérer que les journalistes servent encore à quelque chose…
Notamment celui qui illustre la première page : un reporter de guerre… Là pour témoigner de ce qui se passe dans les zones de conflit…
Néanmoins, j’ouvre La Croix : page 2, le sujet revient : Le journalisme s’interroge sur son utilité aujourd’hui. Bien sûr le journal ne se fait pas le relais des attaques et des appels à la haine proférés par des leaders politiques, aux extrêmes mais pas forcément… L’idée, c’est que le journalisme, profession utile pour 92% des Français, est chamboulé par le numérique : déferlement d’informations courtes pas toujours sérieuses ni contrôlées…
Chamboulé par le numérique, le journalisme peut aussi y trouver une façon de rebondir !
Décrypter, donner du sens, approfondir, hiérarchiser… Mettre la distance critique de plus en plus nécessaire…
Deux exemples : L’Express consacre son numéro de la semaine à l’affaire Tariq Ramadan (les 16 mois en enfer de la 3ème plaignante, les impostures suisses de l’islamiste), et dévoile comment les soutiens du prédicateur ont de manière très organisée riposté sur Internet.
Une armée de faux comptes a été mobilisée sur les réseaux sociaux, un texte préformaté a inondé les boîtes mail des journalistes…
Autre exemple d’une nécessaire prise de distance journalistique dans les affaires judicaires.
Vous étiez Renaud il y a un instant avec un ténor qui sait s’y prendre aussi en dehors des prétoires,
Maître Eric Dupont-Moretti…
Mais les avocats ne sont plus seuls pour présenter leurs clients sous le meilleur jour : des professionnels de la communication s’en chargent aussi. Une « évolution, un partenariat surprenant » relevés par Le Monde qui raconte comment la communicante Anne Hommel, qui conseilla DSK, Jérôme Cahuzac…, s’est mise au service d’un ancien nationaliste corse soupçonné d’être lié au crime organisé…
Faut-il aussi se demander ce matin : A quoi servent encore les dessinateurs de presse ?
Ah non ! Personne ne songe à remettre en cause leur rôle fondamental !
Il suffit de se plonger dans Charlie Hebdo…
Couverture de la semaine : un homme blond-gris sur un banc, appuyé sur sa canne… 40 ans après, Claude François de retour…
-Mais non, c’est Renaud, bande de… dit l’homme sur son banc…
Il suffit de découvrir le dernier dessin de Kak à la Une de L’Opinion (incisif sur les fonctionnaires qui ne sont pas là où ils seraient le plus utile, Kak fait se superposer la carte de France des fonctionnaires et celle du taux d’ensoleillement)
Il suffit de parcourir Le Canard Enchaîné : parmi les nombreux dessins, celui-ci : François Hollande apparaît en treillis, béret militaire vissé sur la tête… « Tu ne me fais plus peur, Poutine… »
Ironie visant l’ancien Chef de l’Etat qui est sorti de sa réserve sur les sujets internationaux, en l’occurrence la situation en Syrie…
Cette incursion dans le débat public, sous la forme d’une interview au Monde, était la première depuis sa critique de la réforme du Code du travail l’été dernier, observe L’Opinion.
Mais ce matin, nouvelle incursion de François Hollande dans le débat public…
Ah oui, au sujet de quoi, de la SNCF, d’Emmanuel Macron ?!
Pas du tout. Au sujet de sa caricature. Par Plantu dont Le 1 fête 50 ans de dessin de presse.
François Hollande évoque dans Le 1 la lutte inégale entre l’homme politique et son caricaturiste.
« Pour ce qui me concerne, note François Hollande, Plantu suggérait une forme de gentillesse. C’est le pire compliment chez un caricaturiste. On aime les méchants, c’est la dureté qui attire. J’ai eu envie de lui dire : Je ne suis pas celui-là ! »
« Quand il me faisait figurer à la Une du Monde avec une petite goutte d’eau ou de sueur, je ne le prenais pas mal, car j’incarnais celui qui se démène, qui fait un effort. »
« Et ce détail correspondait à la situation : on se débattait pour redresser la France », ajoute François Hollande…
Toujours ce besoin de justifier son action et son bilan !
Ce matin, Manuel Valls s’en charge aussi dans une interview aux Echos.
Enfin, il ne cite pas François Hollande mais défend « les choix que nous avons faits à partir de 2014 avec le CICE et le pacte de responsabilité ».
L’ancien premier ministre revendique donc (aussi) la création de près de 270.000 emplois l’an dernier, le niveau le plus haut depuis 2007, une embellie saluée par toute la presse… Les Echos, Le Figaro (qui souligne que la reprise de l’emploi fait fondre le déficit de la Sécu)… mais Libération voit le verre à moitié plein puisque ce sont « les limites de l’embellie » qui sont mises en avant : les difficultés de recrutement qui pourrait peser sur l’activité des entreprises…
Autre clivage du jour : sur les réformes, dont celle de la SNCF…
Contre : Libération, ’Humanité…pour qui la SNCF n’est pas si moribonde.
Pour : L’Opinion, Le Figaro pour qui il y a urgence…
Je terminerai avec l’analyse de Pascal Perrineau dans ce dernier journal…
« Le compromis, une difficulté française ? » La France reste marquée par l’affrontement politique et social, culture que l’élection d’Emmanuel Macron n’a pas bouleversée…
« Cet attachement au conflit entre la gauche et la droite s’enracine dans une allergie culturelle à la notion de compromis (ça remonte à… 1789 !) Près d’un Français sur deux (46%) pense le compromis comme une vulgaire compromission où les ‘principes’ sont foulés au pied ».
On évoquait les caricatures… Ca n’en est pas une : les Français restent hostiles à la notion de compromis, et pour Pascal Perrineau, cela reste bien encore une « difficulté française ».
Michel Grossiord