La Revue de Presse du jour – 14/02/2018

La revue de presse… Le grand oral d’Emmanuel Macron devant la presse… L’ambiance était studieuse, l’exercice a duré près de 2 heures…

Près de deux heures à discourir, « assis sous des bustes dénudés de dieux grecs, une tête de cheval et des amphores en plâtre », précise Le Monde qui plante le décor de ce grand oral sous les 7 mètres de plafond du café du Grand Palais…
En deux heures, Emmanuel Macron a dit beaucoup de choses (il a fait la pédagogie de son action, livré sa vision d’un pouvoir comme « ascèse »). Il a aussi lancé une mise en garde : attention à la « République du soupçon ».
« Il n’y a pas eu de jury de moralité pour savoir qui pouvait devenir ministre ou pas », a rétorqué le Chef de l’Etat, interrogé sur les soupçons visant ses ministres, Nicolas Hulot et Gérald Darmanin…

Emmanuel Macron a clairement mis en garde son auditoire, représentant la presse…

Il faut qu’on se méfie « collectivement », a-t-il lancé : « Quand le but des contre-pouvoirs est de détruire ceux qui exercent le pouvoir, ce n’est plus un exercice équilibré de la démocratie ».
Une nouvelle leçon de journalisme, comme lors de ses vœux à la presse…
Emmanuel Macron rejoint dans sa critique le philosophe Marcel Gauchet, qui avait estimé dans la revue Le Débat, lors de l’affaire Fillon (même si les faits reprochés à ce dernier étaient tout à fait condamnables) que le fonctionnement des médias posait un problème démocratique : « Les médias sont passés d’un rôle de contre-pouvoir (absolument nécessaire dans la vie démocratique) à un rôle d’anti-pouvoir, c’est-à-dire l’empêchement systématique de l’exercice du pouvoir. », estime Marcel Gauchet.

Sur les accusations visant Nicolas Hulot, la presse elle-même s’empare du débat…

Et la presse donne aussi des leçons de journalisme… Venant d’elle-même, ces leçons seront sans doute mieux acceptées par les journalistes…
Je vous livre le titre de l’édito de Riss dans Charlie Hebdo : Balance ton bruit de chiottes…
« Viol, agression physique, pression psychologique, harcèlement, propos grossiers, aujourd’hui tout est mis au même niveau pour maintenir l’intérêt du public et du lecteur. Pourtant, s’il veut préserver le citoyen de l’arbitraire, un Etat de droit doit faire appel à la nuance », écrit Riss.
Le Canard Enchaîné n’est pas en reste pour critiquer frontalement « Ebdo, le journal qui sort d’Hulot »
Hulot, victime de l’échauffement médiatique ? s’interroge le journal satirique, qui écrit : « Le scoop concernant le ministre de la Transition écologique échappe à quelques règles du journalisme ».
Le directeur de la publication d’Ebdo, Thierry Mandon, avoue au Canard qu’il n’était pas « très chaud » pour « L’affaire Hulot » : « Il y a eu des débats assez longs pour savoir s’il fallait publier ou non, et je n’étais pas, et de loin, le plus allant de l’histoire… »

Thierry Mandon est pourtant dans le viseur d’Emmanuel Macron…

On ouvre Le Canard, pour plonger comme chaque semaine avec curiosité dans La Mare
aux Canards, page 2…
Emmanuel Macron a dénoncé « les charognards », et se serait déchaîné contre le directeur de la publication d’Ebdo, Thierry Mandon, ancien ministre comme lui de François Hollande.
Citation : « Il a fait la danse du ventre devant moi avant la présidentielle et, depuis qu’il n’est plus en politique, il essaie de faire son commerce sur le dos des hommes politiques. C’est une fripouille, un charognard ! »
On lit donc ça dans la fameuse page 2 du Canard qui avec ses indiscrétions est dans le collimateur du Chef de l’Etat, raconte L’Express qui décortique longuement la com’ de Macron.
Comment il orchestre.
Comment il verrouille. L’Elysée l’avoue presque par candeur : « On veut tout contrôler ».
Parole officielle lissée. Parole officieuse interdite. L’Express raconte les réunions, les mails, les messages pour verrouiller les interventions des ministres et éviter les couacs. Au risque de l’uniformité et du caporalisme…

L’Express réserve un sort particulier à Brigitte Macron…

La star, c’est elle, dit la couverture. Elle a trouvé ses marques au fil d’une communication soigneusement préparée et contrôlée…
Un mot de l’épouse du Chef de l’Etat qui a échappé à la com sous contrôle : récemment, alors qu’elle s’inquiétait de voir son président de mari plus fatigué que de coutume, elle y avait cependant trouvé un motif de satisfaction, confiant en riant à son entourage : « Il se réveille beaucoup plus fatigué qu’il y a 8 mois… Il est en train de me rattraper »…

Emmanuel Macron peut lui-même plaisanter sur son teint…

« Il faut accepter les matins blafards », a-t-il lancé hier soir devant la presse présidentielle… « Les cernes », « le teint blême »…
« Une chose est sûre : il n’y a pas de répit »…
Le Chef de l’Etat, adepte des méthodes du privé, a ajouté à son agenda des entretiens d’évaluation de ses ministres, raconte Le Monde.
Les premiers à passer dans son bureau ont été lundi Gérard Collomb, Jacqueline Gourault et Jacques Mézard… Muriel Pénicaud est attendue aujourd’hui…

Le ministre de l’Intérieur lira avec intérêt le dossier du Figaro sur les violences « gratuites ».

777 agressions de ce type sont déclarées chaque jour en France… Rencontres sportives qui dégénèrent, pompiers caillassés, médecins agressés, rixes entre automobilistes (au volant, 70% des conflits ont pour origine un refus de priorité)…
Un mot pour saluer la mémoire d’un journaliste du Figaro : nous avons appris le décès cette nuit de Paul Henri du Limbert, directeur délégué de la rédaction du quotidien, éditorialiste à la plume acérée et pleine d’humour, un humour vengeur le plus souvent dirigé contre la gauche mais aussi contre la droite quand elle se montrait la plus bête du monde…
Paul Henri du Limbert était un observateur très affûté de la vie politique, un esprit très fin, sa signature manquait déjà depuis plusieurs mois en bas de l’édito du Figaro. Nous avons une pensée pour ses proches.

Michel Grossiord