La revue de presse… Au choix, on trouve une presse affligée ou enthousiaste ce matin…
Enthousiaste devant le « show » offert par les « petits candidats », une bonne partie de la presse régionale…
Je prendrai pour résumer cette opinion cet élan dans Le Midi Libre : « C’est des petits qu’est venue la lumière »…
J’ajoute la position de Libération, également emballé par la parole alternative… Pas d’ironie mordante ou grinçante du côté de Libé qui se réjouit que « les petits candidats » ont cassé les codes d’une conversation très formatée », mais surtout fait entendre la voix de la révolte !
« Révolte », c’est d’ailleurs le titre de l’édito de Laurent Joffrin qui écrit, enthousiaste : « Sale temps pour le capitalisme financier. Sur 11 candidats, seuls François Fillon et avec de fortes réserves Emmanuel Macron ont défendu hier soir ce que Nathalie Arthaud appelle « le grand capital » »…
Voilà pour la partie de la presse qui a vécu hier soir ce Grand débat comme le Grand soir !
D’autres journaux sont donc affligés…
On était hier soir devant « le café de la République » (c’est le titre de l’édito du Figaro)
« Un brouhaha où la raison se perd », révélateur de « la profonde crise morale que traverse notre pays et qui enfante des millions des protestataires réclamant en ordre dispersé tout et son contraire »…
On trouve de l’ironie dans l’édito du Figaro, pas aux dépens des « petits candidats » : Marine Le Pen ? « Elle a trouvé plus europhobe qu’elle en la personne de François Asselineau, à qui elle a tenté de donner des conseils de tempérance », écrit Paul-Henri du Limbert.
Jean-Luc Mélenchon ? « On le croyait très à gauche, mais face à Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, on a cru un instant qu’il avait sa carte au Modem ! »
Quant à Emmanuel Macron, « il a bien tenté, fidèle à sa vilaine manie, d’acquiescer aux propos de chacun mais il a été pris la main dans le sac par François Asselineau : ‘Vous êtes toujours d’accord avec tout le monde’…
Les « petits candidats » étaient donc en vedette, mais pas seulement…
Etaient aussi en vedette, comme lors du débat des seuls « grands candidats », un certain nombre de bouc émissaires au premier rang desquels l’Europe…
Arnaud Leparmentier, du Monde, a écarquillé les yeux, refait ses comptes. Sur les onze, ils étaient 10. 10 candidats à avoir voté non, soit à Maastricht, soit lors du référendum de 2005.
« Si le duel Macron-Le Pen se confirme, le second tour de la présidentielle devrait se transformer en un référendum à haut risque sur l’Europe », tremble Arnaud Leparmentier pour qui l’Europe est accusée à tort d’être le cheval de Troie d’une mondialisation sauvage alors qu’elle est la seule à pouvoir la tempérer.
Les boucs émissaires étaient nombreux hier soir…
L’Europe. Les pays émergents. La finance prise comme un bloc. Les immigrés. Les riches. Les élites. Les patrons. Registre exécrable des boucs émissaires que dénonce Dominique Seux des Echos dont le journal publie sur une page des extraits de son livre (La France va s’en sortir) qui cherche à démontrer que l’on peut réformer la France, corriger certains excès, sans tout casser.
« Je dois confesser un handicap à peine avouable, prévient d’emblée Dominique Seux : je suis un modéré. Un mot qui plombe ».
Qui plombe pas tant que ça, puisque Laurent Joffrin, même s’il célèbre la révolte dans son édito du jour, fait aussi sur une page l’éloge de la « modération » de son confrère économique : « dans cette période électorale si belle aux extrêmes, un peu de raison, de bon sens, de rappel au réal, ne peut pas faire de mal. Ce sont les patientes réformes qui améliorent le sort des réprouvés, non les projets mirifiques ni les ruptures présompteuses… »
Hier soir, les téléphones portables étaient interdits pour les candidats…
Lors du débat sur TF1, François Fillon n’avait cessé de le consulter, et d’échanger dit-on avec sa conseil en communication…
Donc, les smartphones sont restés au vestiaire hier soir…
Est-ce que cela a conduit François Fillon à « entretenir une vraie conversation, à manifester de l’empathie envers les autres en sentant leur présence » ?
Ce sont les vertus des échanges débarrassés des écrans numériques, explique L’Express dans un article titré « Le nouvel art de la conversation » rudement malmené au pays des salons littéraires…
Regardez ce qui se passe rien qu’au sein des couples. Le Parisien rapporte une étude : 2 Français sur 5 affirment avoir déjà ressenti être moins important aux yeux de leur conjoint que son smartphone…
« Nous sommes nombreux, écrit le journal, à trouver que notre chéri (e) manifeste plus d’attention à son portable qu’à notre propre personne ».
Dans Le Parisien, encore, une page cinéma qui fait sensation…
Le film « A bras ouverts » avec Christian Clavier et Ary Abittan sort aujourd’hui, le réalisateur est celui de « Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu ».
Un portrait ultra caricatural et indigne de la communauté rom, dénonce Le Parisien, qui rejoint le site Slate qui a dénoncé non seulement un film mauvais mais inacceptable, car truffé de dénigrements sur la communauté rom (affreux, sales, méchants, répugnants, voleurs)
Un film raciste, tranche Le Parisien sur cette page titrée en gros : BEURK !
Parole à l’accusé. Le réalisateur Philippe de Chauveron se défend avec cet argument : « Je suis marié avec une femme noire et musulmane : si j’étais raciste, elle m’aurait quitté ».
Michel Grossiord