La revue de presse, avec un 1ER constat dressé après le duel Le Pen-Macron…
La preuve éclatante a été apportée qu’il est difficile sinon impossible de débattre normalement, avec l’extrême-droite dans un minimum de respect démocratique… Ce constat est dressé par Le Monde et La Dépêche du Midi…
Pas même un round d’observation, dès la 1ère seconde un débat-pugilat d’une brutalité inédite, désordonné, où tous les coups ou presque ont été permis.
Manque de hauteur… Guerre d’usure… Au final, pour le spectateur face à ce spectacle navrant, un goût amer au fond de la gorge…
Triste et consternant, pour L’Est Républicain.
Cette constatation est unanime… comme l’est le choix du vainqueur néanmoins de ce corps à corps…
La presse a vu Emmanuel Macron l’emporter haut la main…
Et les plus catégoriques ne sont pas les 1ers supporters du candidat d’En Marche ! Le Figaro n’a jamais vu Marine Le Pen donner l’impression d’avoir la stature nécessaire pour exercer la fonction suprême. En revanche, elle fut dramatiquement floue, franchement abracadabrante sur son projet mortifère…
La Voix du Nord résume à la Une : « Le Pen accuse, Macron explique »
La Charente Libre a vu la candidate du FN attaquer systématiquement son adversaire, et Emmanuel Macron jouer la carte du calme et de la pédagogie…
Mais face à l’agressivité et la faiblesse de Marine Le Pen, Emmanuel Macron s’est retrouvé rangé, sans même le faire exprès, dans la catégorie honnie des sachants, des instruits péremptoires, des gens d’en haut, relève Libération dont le grand titre du jour est « Basse du Front ».
Il a dominé sur un ton professoral… Ca a pu irriter la grande partie sinon la totalité des électeurs qui se déterminent non sur des critères rationnels mais instinctifs, émotifs… Car le cerveau n’est pas totalement objectif dans son analyse, selon le neurologue Philippe Damier qui explique tout ça dans Presse-Océan.
Ce professeur au CHU de Nantes préconise le recours à l’écriture : coucher sur le papier les points positifs, les points négatifs, et faire la pondération à la fin…
Alors si vous ne savez pas encore pour qui voter, ou si vous avez arrêté votre choix, à vos stylos…
A vos stylos ! C’est ce que font plusieurs éditorialistes pour affirmer leur choix.. ;
Leur choix de raison donc. « Dimanche, je voterai Macron », écrit Nicolas Beytout à la Une de L’Opinion : nullement une allégeance, mais le moment engage des valeurs, une vision de la France et de sa place dans l’Europe et le monde.
C’est un choix largement partagé ce matin, renforcé même par le débat : choix de La Dépêche du midi, du Midi libre, de La République des Pyrénées,
Dans Les Echos, le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz anticipe la victoire d’Emmanuel Macron (qu’il appelle de ses vœux) en mettant en garde : Les défenseurs de la mondialisation ne devront pas sabler le champagne, car les défenseurs du protectionnisme ont le vent en poupe partout dans le monde.
Joseph Stiglitz appelle à prendre des mesures pour éviter qu’il y ait des laissés pour compte, « la seule vraie prospérité durable est la prospérité partagée ».
Pendant ce temps, François Hollande prépare ses cartons, mais reçoit toujours des journalistes…
« Les derniers jours d’un président ». Sous ce titre, littéraire (la suite de l’article le confirmera), Jérôme Garcin raconte dans L’Obs sa journée passée à l’Elysée…
C’était le mardi 11 avril… « Le soleil brille comme un louis d’or »
François Hollande : « C’est vrai, il fait anormalement beau, mais j’attends quand même le dernier jour pour y voir un signe du ciel »…
Le journaliste-écrivain rappelle que François Hollande était arrivé il y a 5 ans, après avoir remonté les Champs Elysées sous une grêle hivernale.
-Ce n’était que le début de la dégelée, déclare le Chef de l’Etat. Mais vous savez, je ne déteste pas la pluie. Elle ajoute aux sentiments. Quand les cérémonies sont tristes, il faut que le ciel parle avec nous. Le crachin, c’est du chagrin.
François Hollande, qui imagine écrire un livre, ne se limitera pas à des considérations sur le temps : il veut expliquer dans un livre direct son quinquennat qui l’a rendu impopulaire (il le reconnait) « mais enfin, je n’ai pas été haï ».
Au passage, il précise sans autre précision : « Je pars sans que mon honnêteté ait été prise en défaut. Et sans m’être enrichi ».
Jérôme Garcin raconte son déjeuner avec le Chef de l’Etat, sous un parasol blanc, devant la grande pelouse dont les courbes féminines évoquent le parc d’un vieux palace figé au bord du lac Léman…
François Hollande (qui est arrivé maquillé pour le déjeuner, avec une mine d’aoûtien, dit en souriant : Il existe d’autres terrasses à Paris d’où on peut au moins voir passer les gens…
La table où défilent les mets fins du chef de l’Elysée est bonne, Jérôme Garcin restera le soir pour un dîner d’Etat (aspics de homard breton, dôme de loup de Méditerranée Riviera, entremet grand cru chocolat)
L’avantage d’être journaliste quand on est à la table des grands. Je ne parle pas des deux confrères qui ont tenté hier d’arbitrer le débat télévisé…. Exercice impossible… Les arbitres étaient sur la touche, observe Le Monde. Un internaute a envoyé un message aux journalistes pris en otage : si vous voulez qu’on vienne vous chercher, clignez des yeux deux fois…
Mais personne n’a cillé…
« Nous ne serons pas des passe-plats », avait assuré Nathalie Saint Cricq… Mais le menu était trop brutal et trop copieux…
Conclusion du Monde : le débat de l’entre-deux tours est au journalisme ce que les rutabagas sont à la gastronomie.
Michel Grossiord