La revue de presse… Allons-y carrément avec les mots qui fâchent !…
Il y en a beaucoup dans le glossaire de l’actualité, prenons par exemple… « privilégiés » !
Les cheminots ne sont en rien des privilégiés, s’insurge matin après matin L’Humanité mais L’Opinion ne prend pas de gants sémantiques : « Ne leur dites pas qu’ils sont privilégiés ! » lance Nicolas Beytout pour qui ils le sont !
Mot qui fâchera tout rouge, il parle même des conducteurs de TGV comme de « l’aristocratie du rail »…
Le conflit à la SNCF est-il aussi un conflit de langage ?
Aussi, si l’on suit la presse.
Emmanuel Macron va-t-il prendre la parole dans ce qui est aussi une bataille de l’opinion. Le Parisien évoque « un président bien silencieux ». Discret jusque-là, le chef de l’Etat pourrait, selon ce journal, bientôt s’exprimer…
Gageons qu’il ne reprendra pas son accusation lancée naguère haut et fort contre certains salariés qui ont choisi de « foutre le bordel ». Episode rappelé dans La Croix qui analyse la langue de Macron et de la Macronie : conjugaison d’un français soutenu mâtiné de quelques expressions plus directes et de langage technocrate…
Le vocabulaire techno est une chose, les sentiments en sont une autre…
C’est ce que fait remarquer Cécile Cornudet des Echos : l’exécutif a tenu un discours rationnel pour justifier sa réforme de la SNCF, mais a sous-estimé ses implications affectives, notamment le rapport des cheminots à leur entreprise ! C’est comme vis-à-vis des retraités : il n’a pas trouvé les mots pour se faire comprendre.
Dans le lexique des mots qui fâchent, il y a bien sûr… « libéralisme », « libéralisation »… Mots mis en avant par Libération qui espère la fameuse « convergence des luttes » : SNCF, étudiants, éboueurs, Air France, fonctionnaires… « Ce mouvement disparate pourrait se transformer peu à peu en référendum informel sur le libéralisme », écrit Laurent Joffrin.
On parle des mots qui fâchent, il y a aussi ceux qui sont fâchés avec les mots, par exemple l’UNEF, épinglé par Le Canard Enchaîné pour son dossier de presse contre la réforme de l’accès à l’université truffé de fautes d’orthographes et de syntaxe (avec un petit florilège « croquignolesque » comme dirait le président)
Parmi les services publics qui se mobilisent localement, il y a les hôpitaux !
Et là, le regard de la presse est unanime : abattement général, malaise des personnels, spirale infernale (faire toujours plus, avec toujours moins de moyens), course à la rentabilité, harcèlement, souffrance au travail, et même « mise en danger des patients », ajoute L’Express qui consacre son numéro de la semaine à ce SOS hôpitaux en détresse…
Terrible exemple d’un service public à la dérive, et en même temps bel exemple donné par le personnel animé par un si haut sens de sa mission qu’il se déclare en grève tout en poursuivant le travail, observe Jean-Francis Pécresse dans Les Echos… « A-t-on jamais vu un établissement hospitalier fermer des portes aux malades parce que leurs personnels s’estiment sous-payés ou mal traités ? » interroge l’éditorialiste.
La ministre de la Santé est à nouveau interpellée sur les hôpitaux qui craquent…
Oui, dans La Dépêche du Midi qui se penche sur les souffrances des hôpitaux (« Le colosse vacille »). Agnès Buzyn tente une nouvelle fois d’expliquer « ce moment particulier de transition que vit notre système » avec « une stratégie globale de transformation ».
Elle veut notamment que l’effort soit mieux partagé, en s’appuyant sur la médecine de ville…
Dans les cabinets ou les maisons de santé, la situation est loin d’être toujours idéale, comme en témoigne ce chiffre du Parisien : plus de 1000 médecins (généralistes et spécialistes) agressés l’an dernier. Du jamais-vu selon le Conseil de l’ordre. Le patient ou la personne qui l’accompagne se mettent à hurler (contre l’attente), insultent, et vont jusqu’à frapper le médecin ;
« Un patient m’a donné un violent coup de poing, j’étais abasourdie », témoigne une femme médecin de Dunkerque qui s’est effondrée en larmes dans la salle d’attente, avant de… reprendre ses consultations.
« Si la mesure du problème n’est pas prise, avance les organisations professionnelles, on va voir des médecins quitter certaines zones et ne plus faire de visites à domiciles ».
Ca semble être déjà le cas, hélas.
Michel Grossiord