La Revue de Presse du jour – 02/05/2018

La revue de presse… avec quelques Unes que l’on trouvera décalées par rapport à l’actualité…

« Que sont devenues les sectes ? » demande La Croix… Sans lien avec l’embrigadement grandissant et les dérives des Black Blocs passés à l’action hier à Paris…
Le Parisien se porte de son côté sur le front… du pouvoir d’achat (En gros, à la Une : « Les attentes des Français »)
Attentes réelles, fondées, mais « les violences ayant tout emporté » hier, comme le mentionne tout de même Le Parisien, d’autres attentes, plus immédiates, s’expriment (dans d’autres journaux)…
Enfin, Libération. Au lendemain de ces scènes d’une violence inouïe dans la capitale, où l’on a entendu des slogans comme « Premiers de cordée, premiers guillotinés », « Plutôt des vitrines cassées qu’un monde macronisé », Libération consacre sa Une et 8 pages à la défense… de mai 68 !
Les contempteurs de Mai 68 sont-ils en ce cinquantenaire des « événements » si nombreux ? Leur voix est-elle si puissante ? 8 pages donc pour leur répondre (riposter à « de vieilles rengaines » et assurer, dans une belle envolée lyrique, que « Mai 68 fut une ouverture dont l’éclat brille comme un soleil de printemps »)…

Un peu comme vous, la presse n’est pas tendre entre elle…

Le Figaro se plait à rappeler que Libération mettait en garde il y a quelques jours contre le danger de l’ultra-droite en France… Risque pour la paix civile ! Groupuscules agissant dans l’ombre en vue d’un passage à l’action.
« Cette ultra-droite qui inquiète les services secrets », titrait Libé samedi…
Le Figaro répond à Libération que le danger venait du côté de l’ultra-gauche, la plus violente, la plus radicale, la plus organisée…
Sud-Ouest évoque des « milices d’extrême-gauche » dont la guérilla systématique est insupportable : ce sont l’autorité de l’Etat et le respect de la démocratie qui sont désormais en cause. Bruno Dive écrit qu’il veut croire que le pouvoir n’a pas laissé agir ces casseurs avec l’idée de discréditer le mouvement syndical, mais que la police a seulement tardé à intervenir pour éviter qu’il y ait des victimes…
« Saccages en plein Paris : après l’indignation, la polémique », titre Le Figaro, déplorant que dans cette mécanique folle, l’Etat n’est plus dépositaire de la violence légitime, c’est l’anarchisme et le Black Bloc qui la détiennent au nom de tous les dominés de la planète… « Leurs destructions bénéficient jusqu’ici d’une incompréhensible indulgence. Selon que vous serez zadiste ou simple citoyen… »

Sur quoi porte la polémique ?

Sur les moyens et les méthodes de la police face à ces 1.200 militants radicaux. Ce chiffre, du jamais vu…
Hervé Favre témoigne dans son éditorial de La Voix du Nord : il est passé hier à 14h30 sur le pont d’Austerlitz à la rencontre de la tête de la manif de la CGT. Pas l’ombre d’un Black Bloc. Une heure plus tard, ils étaient 1.200 surgis de nulle part avec leurs équipements du parfait casseur…
Un cadre de la Préfecture de police, cité par Le Monde, explique : « Cela correspond à la nouvelle stratégie du préfet… Nous sommes positionnés loin des black blocs pour ne pas créer d’abcès de fixation ».
On semble considérer officieusement que le bilan (dégâts matériels et humains) est somme toute limité…

Mais les journaux posent quand même des questions…

1.500 policiers face à 1.200 casseurs : Le Parisien s’interroge sur les effectifs déployés, et sur la stratégie (avec la défaillance des mesures préventives)
Mêmes interrogations dans L’Est Républicain, L’Alsace, Le Journal de la Haute-Marne qui parle de « défaillance grave ».
« Donner l’impression qu’on est incapable d’endiguer cette violence pourrait se révéler extrêmement dangereux », met en garde Nice-Matin qui pointe l’erreur d’Emmanuel Macron : traiter par le mépris les critiques sur sa présence en Australie alors que la France traverse une crise sociale. « Attention, la frontière entre la confiance et l’excès de confiance est parfois ténue ».

Emmanuel Macron dont les propos à la revue littéraire NRF sont analysés par L’Opinion…

« L’Europe, ce vieux continent de petits-bourgeois ».
Le chef de l’Etat a accordé une interview à la vieille et prestigieuse Nouvelle revue française de Gallimard.
Réalisée en février, elle paraît cette semaine. Le Monde en a publié des extraits.
L’entretien ne laisse pas de surprendre, analyse Jean-Dominique Merchet. « Ce qui me rend optimiste, c’est que l’histoire que nous vivons en Europe redevient tragique », affirme t-il.
Il dépeint donc l’Europe comme « un vieux continent de petits-bourgeois se sentant à l’abri dans le confort matériel », notant qu’elle ne sera « plus protégée comme elle l’a été depuis la fin de la seconde guerre mondiale ».
Le journaliste de L’Opinion note qu’Emmanuel Macron, nourri de littérature classique, parait observer « ce retour du tragique » avec une fascination esthétisante, au sein duquel il entend jouer les premiers rôles…
Dans l’histoire littéraire, c’est un peu le romantisme du « Levez-vous vite, orages désirés » d’un Châteaubriand… Sous la plume d’un intellectuel, le propos serait anodin. Sous celle d’un président de la République en exercice, il l’est sans doute un peu moins…

Enfin, et ce n’est pas un slogan de Mai 68 ni un appel de Châteaubriand : Levez-vous tôt !

C’est la nouvelle tendance du moment, raconte Le Figaroscope : une nouvelle génération de lève très tôt éclôt à l’heure du berger…
Elle s’organise une prématinée de bien être avant même de commencer la journée : sport, yoga, partie de poker de 5 à 6 du mat au Paris Elysée club, jogging dès 6 heures du matin… Dès aujourd’hui, signale Le Parisien, de nouveaux parcs de la capitale ouvrent leurs grilles dès 7 heures…
Il existe une vie avant le bureau…
Le figaroscope interroge : Voir le soleil se lever tout en s’activant, serait-ce le début du bonheur ?
Sans doute. En plus à cette heure-là, peu de risque de croiser les sombres silhouettes des black blocs…

Michel Grossiord