La revue de presse… Avant d’aborder le cas Fillon qui alimente tous les commentaires, il convient de revenir sur la folle journée d’hier !
Les médias font figure d’accusés pour François Fillon mais les médias peuvent aussi (timidement on va le voir) faire leur propre autocritique… Pas sur leur traitement de l’affaire Fillon, mais sur leur façon de meubler le vide hier…
Le vide, ce sont les 4 heures qui se sont écoulées hier matin entre l’annonce de l’annulation surprise de la visite du candidat au Salon de l’Agriculture et la prise de parole du candidat devant son pupitre: « Je ne me retirerai pas »…
« Créer une bulle médiatique de 4 heures, c’est une erreur de com’ énorme », déplore un dirigeant des Républicains, cité par Le Monde…
De longues heures d’un déluge de rumeurs sensationnelles vécues au rythme des tweets, des alertes, des SMS…
Au rythme aussi des commentaires et suppositions des journalistes, notamment ceux des chaînes d’information en continue…
« La machine à rumeurs s’est emballé comme jamais », observe Le Monde.
« Ce temps de latence a créé l’ébullition, laissant la place à toutes les conjectures »
« Le résultat s’est révélé désastreux : la fébrilité ambiante a mis en lumière… l’extrême fragilité du candidat que beaucoup ont vu flancher »…
La fragilité des médias a peut-être aussi été mise en lumière ?
C’est ce que dénonce Brice Couturier dans un long commentaire plein d’humour publié par Le Figaro : « Chers confrères, cessons d’annoncer des événements qui ne se produisent pas ! »
Hier matin, rappelle-t-il, l’opinion informée était absolument unanime : Fillon s’apprêtait à jeter l’éponge…
Il raconte la chute d’une affiche dans le local de campagne de Fillon, photo à l’appui, qui fut aussitôt interprétée comme la prémonition du décrochage par le candidat lui-même… Allégorie sans équivoque…
« Le milieu médiatique peut se montrer aussi superstitieux que les augures romains », s’amuse Brice Couturier, qui se moque aussi des commentateurs autorisés qui soudainement ont affiché une mine effarée lors de la déclaration complètement inattendue de François Fillon !
Les mines effarées sont aussi celles des pontes des Républicains…
Plusieurs journaux, Le Figaro, Libération, L’Opinion, nous entraînent dans les coulisses de cette folle journée, qui a vu « la droite craquer », comme le dit ce dernier journal… Stupeur et tremblements. Mines effarés de ceux qui commencent à douter, même les plus fidèles comme Gérard Larcher et Bernard Accoyer, Patrick Stefanini qui a hésité à démissionner de son poste de directeur de campagne…
On ne sait pas quelle mine avait Nicolas Sarkozy, au téléphone avec François Fillon à deux reprises selon Libération, qui aurait mis son veto à la solution Juppé…
La presse, dans son ensemble, juge sévèrement le « j’y suis j’y reste » du candidat…
Il s’accroche envers et contre tout… coûte que coûte… Il s’enferme dans sa stratégie… Voilà quelques-unes des manchettes de la presse régionale…
La charge de François Fillon contre la justice passe mal : Le Républicain lorrain le voit passer de pompier de la République à celui de pyromane des Institutions.
Dangereux, tranche Le Midi libre, journal dans lequel François Fillon s’exprime à quelques heures de son meeting à Nîmes (‘Je me bats’), dangereux car il embarque une partie du pays dans une sorte de rébellion institutionnelle. C’est aussi l’avis de Ouest-France, de La Nouvelle République du Centre-Ouest…
L’Est Républicain le compare à un Cahuzac de droite essayant de sauver sa seule peau, quitte à entraîner sa formation dans un naufrage collectif. La Charente libre estime qu’il a perdu le sens de la mesure.
Pour La Croix, il affaiblit la République
Libération titre en gros, Le Forcené, et tire à vue : « Jusqu’où descendra-t-on dans l’indignité ? »
Seul Le Figaro apporte son soutien au candidat et à son appel au peuple (c’est sa manchette). Le Figaro juge, sous la plume d’Alexis Brézet, que François Fillon contre-attaque crânement en portant l’affaire devant l’arbitre suprême des sociétés démocratiques : le suffrage populaire.
Le directeur du Figaro donne raison au candidat de ne pas céder, je cite, aux injonctions du ‘dégagisme’ judiciaire, ce sera aux Français de dire par leur vote si la faute morale que François Fillon a confessée pèse plus ou moins que l’idée qu’ils se font de l’intérêt du pays…
Les « fautes morales » des députés, il en est beaucoup question dans la presse…
C’est le dossier de L’Obs cette semaine…L’argent caché des députés : assistants fictifs, notes de frais bidon, conflits d’intérêts…
L’Obs accuse : Des épouses, des frères, des enfants employés comme assistants parlementaires, des enveloppes de frais opaques, des conflits d’intérêts potentiels… Malgré la répétition des scandales, les députés demeurent les enfants gâtés de la République. Les abus continuent.
Et dans le même temps Emmanuel Macron dévoile son projet dans Le Parisien, on n’en parle sur Radio classique depuis ce matin… (réformer le marché du travail, égaliser tous les systèmes de retraites, priorité à l’école primaire…)
Un chapitre est réservé à la loi de moralisation de la vie politique : interdiction de l’emploi de proches, interdiction des activités de conseils pour les parlementaires, fiscalisation de toutes les rémunérations des élus…
On veut des élus propres, titre Marianne…
La transparence s’impose comme un thème dominant de la présidentielle… Pour Sud-Ouest, le monde politique actuel agonise.
Michel Grossiord