Si je vous dis Renaud « Il est interdit d’interdire »…
Mai 68!
La presse adore commémorations et anniversaires. Mai 1968-Mai 2018… Le cinquantenaire des événements a commencé, avec par exemple un numéro de Marianne garanti 100% sans vedettes. Comprendre sans Daniel Cohn-Bendit, Bernard Kouchner et les autres acteurs de l’époque qui ont réussi de longue date leur reconversion politique et médiatique. Des inconnus témoignent donc et non des membres du « syndicat des copropriétaires de Mai 68 » comme les appellent Marianne…
Mais j’aimerais citer une vedette: Jean Yanne. Car l’humoriste est l’auteur du slogan « Interdit d’interdire ». A l’origine une boutade dans sa bouche… avant que la formule soit reprise par une jeunesse animée par une joyeuse utopie: « Soyez réalistes, demandez ‘impossible »
On doit aussi à Jean Yanne le détournement d’un autre slogan célèbre de Mai 68…
« Ni Dieu, ni maître »
Devenu par la grâce surréaliste de Jean Yann « ni Dieu ni maître, même nageur »…
« Soyez réalistes, demandez l’impossible ! » Autre slogan de Mai 68 qui inspire Le 1 cette semaine : A-t-on encore le droit de rêver ?
Mais faut-il faire la part belle à l’utopie ? Beaucoup de penseurs estiment qu’une pensée utopiste est dangereuse, car les utopies du passé ont mené à des expériences désastreuses, les pires atrocités du XXème siècle…
Il existe une autre forme de pensée plus utopique, plus modeste, plus démocratique aussi, lit-on dans Le 1 : elle consiste à considérer que le progrès n’est que l’accomplissement des utopies, selon la formule d’Oscar Wilde…
Mai 68 à travers ses slogans, c’est l’angle d’approche du blog du Monde sur l’éducation:
« Consommez plus, vous vivrez moins », « Cache toi, objet » traduisaient une méfiance voire un rejet de la société de consommation à l’apogée des 30 glorieuses. Le chômage n’était pas vraiment un problème, les revenus augmentaient, la croissance était forte…
Grosse différence avec la situation d’aujourd’hui…
Il y a 50 ans, les temps changeaient, les étudiants allaient dans le sens de l’histoire, selon une analyse de la BBC citée par Courrier international.
A l’inverse, les étudiants d’aujourd’hui sont pessimistes, et ceux qui occupent les facs « n’appellent pas au changement mais à la sauvegarde de l’existant ». Toujours selon cette analyse, « contrairement à leurs prédécesseurs de 1968, les étudiants ne rencontrent pas vraiment d’écho aujourd’hui dans la société. »
Si certains (et on le verra à l’occasion de ce 1er Mai) rêvent d’une réplique de Mai 68, Jean-Francois Kahn explique dans La Revue des 2 mondes (consacrée aux « événements » d’il y a 50 ans) que le fameux slogan « Il est interdit d’interdire » est la définition même de l’ultralibéralisme…
La grogne sociale (à la SNCF, mais pas seulement…) explique sans doute que l’Elysée a laissé tomber l’idée d’une commémoration de Mai 68?
Oui, il n’est pas question pour le Chef de l’Etat de faire le lien entre les mouvements d’aujourd’hui et ceux qui avaient embrasé la France à l’époque du général de Gaulle. « Mai 68 a été un moment de confrontation avec le pouvoir », explique Emmanuel Macron dans un long entretien dans La Nouvelle Revue française ». « Mai 68, ce fut un moment, dit-il. Il est passé. Nous sommes dans une autre configuration. »
En tout état de cause, une commémoration officielle n’allait pas de soi, observe le sociologue Jean-Pierre Le Goff dans La Revue des 2 mondes. Depuis un demi-siècle, la société oscille entre fascination et rejet!
Ce qui ne va pas de soi, c’est de retrouver des pages consacrées à Mai 68 dans certains magazines…
Par exemple?
L’Officiel du mois de Mai. L’Officiel de la couture et de la mode de Paris (c’est son titre complet) prend des allures de journal de Lutte ouvrière. Même si ce n’est pas le nom d’Arlette Laguillier qu’on trouve sous le titre de couverture « Leur révolution », mais ceux de 14 femmes (actrices, chanteuses, créatrices):
-Agnès b se souvient des platanes sciés du boulevard St Michel. Sa révolution ? Elle dit croire encore au printemps arabe.
-La danseuse étoile Aurélie Dupont (directrice de la danse de l’Opera de Paris où elle subit une fronde) se sent (comme Agnes B) plus à l’aise avec le terme de réformiste (« La révolution signifie à mes yeux un changement brusque et violent, presque irréversible » explique Aurélie Dupont).
Témoignages encore de Dani et de Juliette Armanet, 2 générations de chanteuses…
Révolutionnaire ? Réformiste ? Dani dit préférer le mot rébellion. (La nuit des barricades, du 10 au 11 Mai 68, elle l’a passée chez Castel et sortait de temps en temps pour voir les dégâts…)
Juliette Armanet, nouvelle valeur sûre de la pop français, n’était pas née en mai 68 (elle a 34 ans).
Quel slogan révolutionnaire vous parle, lui demande L’Officiel
-Plutôt une devise, répond Juliette Armanet: Liberté, Égalité, Fraternité. On a tendance à oublier que c’est très beau.
Jolie réponse.
Juliette Armanet aurait aussi sa place dans le mensuel Philosophie magazine consacré à la perfection.
Elle donne beaucoup d’interviews en ce moment avec Yves Simon, à l’occasion de la sortie d’une compilation des chansons de ce dernier par l’avant garde (Christine and the Queens, Soko, Juliette Armanet donc…).
Yves Simon, 73 ans, a confié au Monde que Mai 68 l’avait bien « remué ». Il l’est aujourd’hui (ça la même sorti de la dépression) par les reprises de ses chansons un demi-siècle après. Par exemple Les Gauloises bleues par Clou, chanteuse quasi inconnue qui fait surgir mélancolie et souvenirs… Et qui nous remue aussi…
Michel Grossiord