Présidentielle : L’image de Marine Le Pen banalisée, « cela peut avoir un impact au second tour », selon Bernard Sananès

Crédits : Victoire Faure

Bernard Sananès, le président de l’institut de sondage Elabe était l’invité de la matinale de Radio Classique. Il est venu livrer son analyse du baromètre mensuel pour Les Echos et Radio Classique. A moins de 10 jours du 1er tour de la présidentielle, il fait le point sur la confiance accordée par les Français aux candidats.

Emmanuel Macron ne bénéficie plus de « l’effet drapeau »

Le sondage d’Elabe a été réalisé entre le 28 et le 30 mars. A ces dates, 38% des Français accordaient leur confiance à Emmanuel Macron, en baisse de 2 points sur un moins. « La fin de l’effet drapeau ? » interroge Renaud Blanc, faisant référence à cette augmentation du soutien populaire en temps de crise. En effet, alors que la guerre en Ukraine a été déclenchée le 24 février, la cote de confiance du chef de l’Etat a augmenté de 5 points. Bernard Sananès note surtout que sur une année – la meilleure pour le président en termes de confiance – sa cote a gagné 5 points. « Elle est tombée au plus bas à 23% au moment des Gilets jaunes », explique le président de l’institut Elabe, ajoutant qu’elle « s’est stabilisée entre 35 et 40 %. L’hostilité marquée est devenue une impopularité somme toute assez habituelle pour un chef d’État ».

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On note aussi dans ce sondage que la confiance accordée à Emmanuel Macron est de 44% chez les électeurs de François Fillon. « Cela peut-il expliquer les difficultés de Valérie Pécresse ? » lance Renaud Blanc, pointant la faiblesse de la candidate dans les sondages d’intentions de vote. Pour Bernard Sananès, c’est en effet une des explications : « les sympathisants de droite font plus confiance au président de la République que les sympathisants de gauche. Ils disent lui faire confiance, à la fois par sa stature présidentielle et par un certain nombre de mesures, notamment sur la politique économique ». Il assure que la candidate LR a eu du mal à se distinguer sur ces questions.

 

Pour Bernard Sananès, Marine Le Pen incarne « la colère tranquille »

Ce baromètre fait aussi le classement des personnalités politiques préférées des Français. Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement national, arrive en 2ème position, derrière l’ancien Premier ministre Edouard Philippe. « Elle progresse de 2 points, ce qui ne semble pas énorme, mais c’est pourtant son meilleur score de tout le quinquennat », souligne Bernard Sananès. Il indique que c’est la première fois qu’elle est en 2ème position et qu’elle progresse notamment dans des catégories qui lui sont traditionnellement assez réfractaires : « notamment les retraités dans les grandes agglomérations, et en Île-de-France ». Il note aussi que la candidate du RN a réussi sa stratégie de dédiabolisation : « par rapport à septembre, au début de la campagne, les mauvaises opinions de Marine Le Pen ont reculé de 8 points. La baisse est même de 12 points chez ceux qui ont une très mauvaise image d’elle, c’est-à-dire ceux qui y sont les plus opposés. Une banalisation qui peut avoir un impact au moment du 2nd tour ». Pour Bernard Sananès, Marine Le Pen incarne « la colère tranquille » : « il ne faut pas penser que malgré la crise sanitaire, malgré la crise ukrainienne, la colère a disparu dans le pays ». Il explique qu’elle reste forte vis-à-vis des injustices, en matière de pouvoir d’achat, en matière fiscale et sécuritaire. Le président d’Elabe estime que « l’irruption d’Éric Zemmour [dans la campagne] lui a permis de rester sur cette colère, de l’assurer et de la porter de manière tranquille par rapport à l’éditorialiste ».

Béatrice Mouedine

Retrouvez l’invité de la matinale