Législatives : Le mauvais calcul d’Emmanuel Macron

Maxime Le Pihif/SIPA

Solenn de Royer dans Le Monde pointe un paradoxe. Emmanuel Macron, qui n’a eu de cesse d’alimenter la dépolitisation de la campagne, pourrait se retrouver aux prises avec une assemblée nationale ultra politisée. C’est inédit sous la Vème République, le parti du président n’arrive pas en tête aux législatives dans la foulée de l’élection présidentielle.

Jean-Luc Mélenchon apparaît comme le grand vainqueur de ce premier tour des législatives

Solenn de Royer explique qu’en mettant « plusieurs semaines à composer son gouvernement et en ne s’invitant dans la campagne que dans la dernière ligne droite, Emmanuel Macron a laissé la place au leader des insoumis Jean-Luc Mélenchon. A défaut d’arriver à Matignon, [celui-ci] a donné le tempo de l’après présidentielle et apparaît comme le grand vainqueur de ce premier tour ». Pour Cécile Cornudet, l’abstention n’a pas profité au président. Dans le grand brouillard de cette élection, abstention et Mélenchon n’allaient pas bien ensemble selon lui. Cette certitude a été démentie au lendemain du 1er tour : Emmanuel Macron pensait qu’en anesthésiant le débat, il découragerait d’abord les électeurs de gauche, son électorat à lui, âgé, étant plus enclin à aller voter.

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Mais cet électorat, celui du président, n’a pas été aussi captif qu’il l’espérait. Pour Dov Alfon de Libération, Mélenchon a réussi son pari, être au coude à coude avec le parti du chef de l’Etat. Même s’il n’est pas nommé Premier ministre, il peut imposer une majorité relative au président. Pour y parvenir, il devra mobiliser les abstentionnistes, qu’il a appelé à déferler dimanche prochain dans les bureaux de vote. Le président lui, aura plus de réserves de voix auprès des électeurs LR. Il n’empêche, l’autre fait majeur de cette élection, c’est le niveau de l’abstention, 52.8 %. Paradoxe, observe le patron de Libération : Emmanuel Macron avait entamé son premier mandat sous le sceau du renouvellement démocratique, il l’a terminé avec une campagne réduite au strict minimum.

 

L’Assemblée nationale manque de moyens, explique Lucie Roquebain dans Les Echos

L’abstention est justement décortiquée par Lucie Roquebain dans Les Echos. Nul besoin d’attendre dimanche prochain pour qu’émerge une majorité absolue : « celle des abstentionnistes qui atteignent un niveau record. Cela en dit long sur le désamour des Français pour leurs élus nationaux. Ces Français qui exigent tant de l’Etat, qui sont si prompts à envahir les ronds-points et les réseaux sociaux se montrent étrangement mutiques le jour où leur est donné le droit de peser. Peut-on le leur reprocher ? Le parlement français a si peu d’influence qu’il est difficile d’intéresser quiconque à son renouvellement ». Selon elle, l’Assemblée manque de moyens, expliquant que les personnels travaillant pour le parlement allemand, le Bundestag, sont deux fois plus nombreux. Elle suggère aussi des législatives à mi mandat pour relancer l’intérêt politique des électeurs, et plaide pour une dose de proportionnelle : « si on veut éviter que les aspirations et les colères ne s’expriment plus que dans la rue, il y a urgence à corriger les écarts ».

David Abiker

 

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