La revue de presse… Deux grands titres: la disparition de Karl Lagerfeld et les temps mauvais que nous traversons…
Ca peut sembler bizarre, à priori, mais ces deux informations entrent en résonnance…
Et c’est Carla Bruni qui l’exprime le mieux dans son hommage au couturier star pour lequel elle a défilé: « Cher Karl, merci pour toutes ces étincelles, merci d’avoir apporté tant de beauté et de légèreté dans ce monde si lourd, tant de couleurs dans cette grisaille, tant d’esprit dans cette époque éteinte »…
De la grisaille, l’impression que l’époque est éteinte… Mais un sursaut hier dans les villes de France… dont témoignent les Unes du Parisien (« Un sursaut républicain »), de L’Alsace, de Sud-Ouest, de Libération (« La République réplique »), du Figaro, du Midi libre qui lance « Tous Français »… « Tous unis », titre La Voix du Nord…
Partout donc, les images des Français qui sont descendus dans la rue pour dire stop à l’antisémitisme…
L’antisémitisme, l’affaire de tous, soulignent La Croix dans sa manchette, et La Provence dans son édito…
On a vu, on a entendu les responsables politiques lors de ces rassemblements ; les manifestants les plus précieux sont tous ceux qui viennent pour eux-mêmes. « C’est à chacun d’être un rempart contre la haine », soulignent Les Dernières nouvelles d’Alsace.
Le Midi Libre prévient que tous ceux qui ont mis un « mais » derrière les insultes proférées à l’égard d’Alain Finkielkraut sont disqualifiés à jamais quand demain ils seront les premiers à haranguer les foules pour des actes 15, 16… « Cette idée selon laquelle la France peut renverser la table à coups de menton ou de ronds-points saturés devient anachronique. Sommes-nous assez fous pour croire à des lendemains qui réveillent un passé mortifère ? »
Le danger vient d’une minorité, pour la presse…
Une minorité violente et très déterminée, observe Le Parisien… La profanation d’un cimetière juif à quelques heures des rassemblements partout en France illustre aussi le sentiment d’impunité de cette frange extrémiste… comme de l’homme qui a insulté Alain Finkielkraut à visage découvert alors qu’il se savait filmé, précise Le Parisien qui nous a appris ce matin qu’il avait été interpellé hier soir par la police saisie d’une enquête en flagrance pour injure publique en raison de la religion …
On lit son prénom dans la journal: Benjamin (Benjamin W), mais il se présente parfois comme Souleyman. 36 ans, vendeur de téléphone portable à Mulhouse, converti à l’islam. L’islam radical selon les services de renseignement.
Benjamin W vociférant est en photo sur la couverture de L’Express consacrée à l’antisémitisme et ses complices… On le retrouve en pages intérieures, plusieurs clichés le doigt tendu, avec son gilet jaune…
Manchette du Canard Enchaîné : Vivement des gilets jaunes plus réfléchissants !
Ces manifestations du sursaut ont pour certains un air de déjà vu…
C’est le regard de La Voix du Nord, qui rappelle la grande manifestation d’émotion il y a un an après le meurtre à Paris de Mireille Knoll, rescapée de la Shoah…
Son fils Allan était au rassemblement de Lyon hier soir. Le Progrès lui pose la question : Comment évaluez vous le danger ? Songez vous à partir ?
Sa réponse : ma famille est en France depuis 1850. Nous sommes Français et fiers de l’être. Nous n’avons pas à laisser la place à ceux qui veulent nous virer. Nous n’avons aucune raison de partir ailleurs…
On le disait tout à l’heure : il a apporté tant de couleurs dans cette grisaille… Karl Lagerfeld…
Des cahiers spéciaux dans Le Figaro et Libération pour rendre hommage au génie créatif du couturier star… personnage fascinant…
Initiales K.L. (titre de l’édito du Figaro) était devenu une icône pop et planétaire…
L’inventeur des défilés spectacles démesurés était aussi dessinateur, photographe et éditeur…
Sa vie fut une incroyable marche en avant, dans laquelle on replonge ce matin à travers des récits qui ne percent pas forcément le mystère de cet homme habitué aux pirouettes verbales face aux journalistes…
Des pirouettes qui ne permettaient pas d’entrer dans son intimité, notamment son grand et (unique ?) amour (apparemment platonique) avec Jacques de Bascher, dandy sulfureux…
Après la mort de ce dernier, Paris Match avait demandé à Karl Lagerfeld pourquoi il n’avait jamais refait sa vie…
« Parce qu’il n’y avait rien à refaire »…
Hors de la scène publique, Karl Lagerfeld travaillait tout le temps, entouré de ses 300.000 volumes de ses bibliothèques…
Cultivé, il a multiplié les bons mots…
-Je ne regarde jamais l’heure, je ne suis pas payé à l’heure…
-Je déteste avoir des conversations intellectuelles parce que seule mon opinion m’intéresse…
-Si je ne porte pas ces lunettes noires, tout le monde verra que j’ai l’air ridiculement gentil avec ces yeux d’agneau, quelle horreur !
-La mode n’est ni morale ni amorale, elle est faite pour remonter le moral…
-Je vis mes Mémoires, je n’ai pas besoin de les écrire…
Il se disait heureux dans sa solitude…
-C’est le comble du luxe, disait-il… Moi, je lutte pour être seul. Je n’ai jamais habité sous le même toit que quelqu’un, c’est une atteinte à la liberté.
Vérité ? La mannequin Inès de la Fressange (qui l’a tant cotoyé et confirme : on ne sait rien de lui), parle du monstre sacré comme quelqu’un de terriblement seul…
Michel Grossiord