Ce matin à 8h15 sur Radio Classique
Aurélie Filippetti, député PS de la Moselle
Invitée de Guillaume Durand
« Mélenchon bénéficie du désarroi, voire de la désaffection, d’une partie de notre électorat »
Extraits :
A propos de la campagne de Benoît Hamon
« C’est compliqué pour Benoît Hamon pour deux choses : une partie de ceux qui s’étaient engagés dans la primaire n’ont pas respecté loyalement leur parole et leur propre signature. C’est quand même des gens qui ont signé un engagement devant tous les Français, devant 2 millions d’électeurs et qui ne le respectent pas. C’est dommageable et surtout dommageable pour les électeurs de la primaire. La deuxième chose c’est que Benoît Hamon a un programme de gauche et en même temps, il paye aussi la défiance de notre électorat vis-à-vis du Parti socialiste et cela au bout de ce quinquennat qui a désorienté par certains aspects l’électorat de gauche. Il y a une décomposition aujourd’hui de la vie politique qui s’explique par le fait que l’élection présidentielle est aujourd’hui une élection infantilisante pour les Français – avec ces petites bagarres « virilistes » qui finalement sont des querelles d’égo. Moi je pense qu’il est temps de tourner la page du tout à l’égo. On doit maintenant considérer que les Français sont adultes et ont besoin d’autre chose. Ils ont besoin qu’on fasse confiance à un régime plus parlementaire, au paritarisme, aux corps intermédiaires et aux citoyens. (…) On est dans une élection présidentielle qui ultra-personnalise le scrutin et Benoît Hamon essaie d’incarner autre chose. Moi ce que je veux rappeler c’est qu’il y a les présidentielles puis il y a les législatives. Il faut donner au pays le changement que la France mérite. Ce changement n’est porté si par Emmanuel Macron ni par Fillon. »
A propos des sondages
« On ne va pas se laisser gouverner par les sondages (…). On l’a vu dans toutes les élections jusqu’à présent, avec le Brexit ou l’élection de Trump. (…) Ce que je sais que Benoît Hamon a gagné une élection primaire, François Fillon aussi. On a deux millions d’électeurs qui se sont déplacés pour participer à la primaire et Benoît Hamon l’a emporté très largement, à une écrasante majorité.
Ça c’est une légitimité incontestable. (…) Hamon incarne et défend l’idée qu’il est temps de passer à une autre manière de faire de la politique, beaucoup moins monarchique, je pense que c’est le centre aujourd’hui du débat en France et que si l’ambiance politique est délétère c’est à cause de cela. (…) Mélenchon profite d’une position tribunicienne. Il bénéficie aussi du désarroi voire de la désaffection d’une partie de notre électorat parce que nous avons exercé le pouvoir pendant cinq ans et que ça a créé beaucoup de perturbations, la loi travail, la déchéance de nationalité, la loi Macron qui a été passée par le 49-3. »
A propos du FN
«Si on veut lutter contre le FN c’est par des politiques qui s’adressent aujourd’hui aux gens qui se sentent abandonnés. Prenons la question de l’Union européenne, moi je suis une européenne convaincue et en même temps j’ai constaté à quel point l’Europe est dans une impasse, il faut un vrai volontarisme européen aujourd’hui. Macron et Fillon proposent de continuer comme avant mais si on continue comme avant on va dans le mur et on y est déjà en matière européenne.»
A propos d’un nouveau traité européen
« Martin Schultz est favorable à cette proposition et a dit que l’Allemagne serait tout à fait d’accord pour en discuter avec la France. C’est une Europe plus démocratique qu’il propose, ce n’est pas de dire c’est les intérêts de la France qui doivent l’importer sur les intérêts de l’Allemagne. On propose que cette assemblée de la zone euro soit faite à la représentation proportionnelle de la population de chaque pays pluraliste et c’est très important. Quelles sont les raisons de l’impasse européenne ? C’est que ne les institutions politiques de l’Union européenne ne correspondent pas à ses avancées et à l’union monétaire. Il faut résoudre ce problème.»
A propos de l’appel de Benoît Hamon à Jean-Luc Mélenchon
« Quelle majorité on veut en France ? Il y a l’élection législative après. Quelle est la majorité qui peut être incarnée par Jean-Luc Mélenchon ? Aujourd’hui il y a dans certaines circonscriptions des candidats de la France insoumise et communistes opposés l’un à l’autre. Le projet de Benoît Hamon s’appuie sur une programme très clair qui sera porté par une majorité très claire et ça c’est un avantage très fort vis à vis de Mélenchon mais aussi de Macron dont nous ne savons pas avec quelle majorité il va gouverner demain.»
A propos du capitalisme et du social-libéralisme
« Si le social-libéralisme est une solution à tous les problèmes de la France et de l’Europe, très bien, tant mieux même, mais ça ne marche pas. Les solutions mises en place en Europe en 2008 n’ont pas permis à l’Europe de sortir de la crise aussi vite que les Etats-Unis. La France mais aussi le reste de la zone euro, je rappelle la situation de la Grèce, de l’Italie, de l’Espagne, ce n’est pas du tout satisfaisant. Nos politiques européennes ne sont pas adaptées au XXIème siècle, et pourquoi ? Par manque de démocratie. Je pense que c’est ça l’avenir, ce n’est pas le social-libéralisme, c’est la social-démocratie.
(…) Emmanuel Macron veut étatiser l’assurance chômage- ça veut dire qu’on va payer l’assurance chômage avec nos impôts, ça veut dire qu’en période de crise, quand l’Etat aura moins de ressources et qu’il y aura plus de chômeurs, on diminuera mécaniquement les indemnités chômages.»