Angela Gheorghiu

Sa reconnaissance internationale remonte précisément à une mémorable Traviata donnée fin 1994 à Covent Garden sous la direction de Sir Georg Solti, lui-même bouleversé (à 82 ans) par les possibilités de cette soprano roumaine, alors juste connue dans son pays. Née dans la petite ville d’Adjud, près de la Moldavie, la petite Angela est vite consciente de la puissance de sa voix et de l’émotion qu’elle suscite. A l’âge de 14 ans, elle peut s’inscrire au lycée Georges Enesco de Bucarest et suit un solide enseignement artistique, en particulier le chant auprès de la regrettée Mia Barbu. Elle termine brillamment ses études à l’Académie de musique de Bucarest, tandis que la Roumanie est au bord de la guerre civile, peu avant la chute de Ceauscescu. Après un rôle trop discret de Zerlina (Don Giovanni) à Covent Garden, elle incarne des personnages plus substantiels, notamment dans les opéras de Puccini qui lui conviennent déjà si bien, débute à Vienne en 1992 et l’année suivante au « Met » dans La Bohême (Mimi). L’accueil est enthousiaste, mais c’est Violetta, à Londres, qui la révèle vraiment… d’autant qu’un ténor est aussi sous le charme, Roberto Alagna. Deux ans plus tard, ils sont unis par le maire de New York sur la scène même du Metropolitan, l’opéra où ils ont chanté pour la première fois ensemble.

Le couple-phare de l’art lyrique se retrouve alors souvent sur cène – ainsi qu’en studio (EMI) – par exemple dans Roméo et Juliette de Gounod, Carmen, également  sous la direction de Plasson (avec en prime la singulière version d’origine de la Habanera) ou Manon de Massenet. Ils gravent plusieurs duos d’opéras, dont un album « Verdi per due » à Berlin avec Claudio Abbado, comme lors du Requiem donné le 27 janvier 2001 pour le centenaire de la mort du compositeur. A Marseille, ils créent l’opéra Marius et Fanny de Vladimir Cosma, en compagnie du baryton Jean-Philippe Laffont qui déclare : « Si quelque chose ne lui plaît pas, elle ne se gêne pas pour le dire et dépasse facilement la ligne jaune. Mais comme elle est inattaquable sur le plan artistique, les jaloux l’attaquent sur son caractère ». Il est vrai que la soprano observe tout, jusqu’aux costumes des chœurs, et peut annuler si elle juge l’œuvre menacée par le chef ou le metteur en scène… ou si elle ne se sent pas à son meilleur. Elle a conquis son indépendance, et compte bien la mettre au service de ses rôles préférés, ceux de Verdi et Puccini en particulier, sans oublier le bel canto de Donizetti ou de Bellini, ainsi qu’en témoigne son sublime « Casta diva »…

Francis Drésel, directeur de la programmation musicale de Radio Classique