Racisme : les figures héritées du passé colonial déboulonnées

Racisme la chute des symboles titre le journal. Des Etats-Unis à la Belgique, des statues héritées d’un passé esclavagiste ou colonial sont prises pour cible. Et il existe désormais une nouvelle traduction du roman de Margaret Mitchell, Autant en emporte le vent, qui efface l’accent des esclaves et domestiques noirs.

 

En Belgique, la statue de Léopold II a été recouverte de peinture rouge

A Bristol la statue du marchand d’esclave Edward Colston a été renversée et jetée dans la rivière, c’était dimanche. Vendredi dernier à Richmond ,Virginie le mémorial Sudiste Robert Lee a été tagué. A Anvers en Belgique, jeudi dernier, c’est la statue de Léopold II, grand artisan de la colonisation sanguinaire au Congo Belge qui a été recouverte de peinture rouge. Et l’historien Pascal Blanchard spécialiste de la colonisation en rajoute une couche, si j’ose dire : « de tout temps on a déboulonné des statues », relativise-t-il, mais l’historien au lieu d’éclairer le passé, dit ce qu’il estime souhaitable je le cite : « J’adorerais qu’il y ait sur la façade de tous les lycées Colbert de France un grand panneau pour expliquer que Colbert est l’initiateur du code noir ».

 

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Et pour la chercheuse Maboula Soumahoro, jusqu’à présent la France était dans le déni et ne peut plus désormais ignorer les discriminations. Et là on croit rêver. La traite négrière n’a-t-elle pas été enseignée en France ? la décolonisation et ses horreurs ne sont-elles pas dans tous les livres d’Histoire ? La tolérance n’est-elle pas au programme de tous les manuels scolaires dans la partie éducation civique et citoyenne ? Visiblement non, c’est comme si l’Education nationale n’avait pas fait le boulot.

 

L’éditeur Gallmeister propose une nouvelle traduction d’Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

Et pourtant elle le fait. Face au déni du déni de Libération, le Figaro sort donc l’artillerie lourde. Pour Alain Finkielkraut le nouvel antiracisme met en accusation notre civilisation et l’émotion légitime qui a succédé à la mort de Georges Floyd cède la place à une frénésie mimétique et la notion de privilège blanc que Corinne Narassiguin qualifie d’ineptie dangereuse dans le Monde daté d’hier, ce supposé privilège blanc importé des Etats-Unis ou la ségrégation lui a donné un vrai sens perpétue en France la mauvaise conscience de la classe bourgeoise.
On notera également dans le Parisien-Aujourd’hui en France la nouvelle traduction chez l’éditeur Gallmeister du roman de Margaret Mitchell, Autant en emporte le vent. Une traduction qui efface l’accent des esclaves et domestiques noirs (on a d’ailleurs appris hier que la chaîne américaine HBO sortait le film de son catalogue, le temps d’en proposer une version contextualisée).

 

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Oui, sort aujourd’hui une nouvelle traduction. Dans la collection Folio de Gallimard, on pouvait lire ceci dès les premières pages : « Brent se tourna sur sa selle et appela le nègre. Non missié comment vous coyez moi espionner li blanc » pouvait-on lire. Dans la nouvelle édition, Josette Chicheportiche la traductrice a quelque peu remanié ces phrases : « Brent se tourna sur sa selle et appela le palfrenier noir. Nan M’sieur pourquoi vous pensez que j’espionne les blancs ». Pas question d’évoquer une version édulcorée, l’éditeur parle de traduction plus moderne. Jusqu’à présent Autant en emporte le vent était un roman d’amour suintant des relents racistes de son époque, dans la promo de la nouvelle traduction c’est un roman féministe. Tout est dit. Le présent revisite le passé. Mickey porte un masque, les noirs caricaturés perdent leur accent dans les livres (alors que les juifs ont toujours le leur chez Balzac), Scarlett O’Hara a pris sa carte chez Ni pute ni soumise et on déboulonne les statues qui rappelle le passé colonial ou esclavagiste.

David Abiker

 

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