Plateformes musicales: changer le mode de répartition des rémunérations ne serait pas forcément plus égalitaire

Selon les conclusions d’une étude lancée par le Centre National de la Musique (CNM), changer le système de répartition des plateformes musicales, en passant du pot commun aux écoutes par artiste, impacterait peu la rétribution des musiciens actuellement marginalisés. Le CNM indique qu’il étudie d’autre pistes afin d’équilibrer la rémunération des artistes diffusés sur ces plateformes.

Les 2 principaux acteurs du marché français, Spotify et Deezer ont participé à l’étude

Il faut savoir qu’aujourd’hui, un abonné qui paye 10 euros mensuels et écoute peu de fois ses chanteurs favoris voit une grande partie de cette somme migrer vers d’autres artistes beaucoup plus streamés (par les abonnés en général). C’est le Market Centric (MCPS, pro rata des écoutes totales), opposé au modèle théorique du User Centric (UCPS), qui s’appuierait sur les écoutes individuelles des abonnés. Les grands gagnants actuels se concentrent dans un cercle fermé de poids lourds comme Drake ou Ariana Grande. La grogne de la majorité des autres artistes, y compris des figures comme Robert Smith, de The Cure, est montée ces derniers mois sur les réseaux sociaux.

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« Certains seront peut-être déçus de voir que, si on passait au User Centric, les changements en valeur absolue pour la plupart des artistes ne représenteraient pas grand-chose », indique Jean-Philippe Thiellay, président du CNM, instance qui chapeaute la filière musicale française. « Mais il y a quand même une satisfaction, c’est d’avoir une étude française sur le sujet, la meilleure au monde en réalité puisque deux acteurs principaux du marché français, Spotify et Deezer, ont joué le jeu, poursuit-il. Le combat pour les artistes, auteurs, compositeurs, qui réclament une meilleure rémunération est ailleurs, et le CNM va étudier différentes pistes ».

 

Le passage à la rémunération basée sur les écoutes individuelles aurait un faible impact

Dans les conclusions de l’étude (réalisée par le cabinet Deloitte), sous sa plume, Jean-Philippe Thiellay note d’abord qu’un passage au User Centric aurait pour effet de fortement atténuer les redevances touchées par le Top 10 artistes (-17,2 %), de stabiliser le milieu du classement avec une faible augmentation des redevances perçues et de permettre aux artistes les moins écoutés (en dessous du 10 000e rang) de profiter d’une augmentation de leurs redevances (+5,2 %) ». En termes de genres musicaux, « la musique classique (+24 %), le hard rock (+22 %), le blues (+18 %), le pop rock (+17 %), le disco (+17 %) et le jazz (+10 %) bénéficieraient d’augmentations importantes en pourcentage, tandis que le rap (-21 %), le hip hop (-19 %) et, à un moindre degré, l’afro beat (-9 %) et le new age (-7 %) verraient leurs redevances baisser », détaille-t-il.

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Mais, comme il l’écrit, « l’impact du User Centric en valeur relève du symbolique pour la plupart des catégories analysées. Les pourcentages de hausse élevés, par exemple pour le classique, s’appliquent à des assiettes tellement faibles, que, en valeur, on est dans l’épaisseur du trait ». « Au-delà du 10 000e artiste le plus écouté, tous genres musicaux confondus, l’impact du passage au User Centric serait au maximum de quelques euros par an en moyenne par artiste (…). Ceux qui recevaient peu des plateformes de streaming ne gagneront pas davantage », souligne-t-il encore.

Jean-Philippe Thiellay souhaite que soient clarifiés les mécanismes des playlists suggérées

« On considère essentiel que le débat ait lieu, confie Antoine Monin, responsable chez Spotify. Sur le plan théorique, le User Centric est séduisant, mais on voit qu’il ne résoudrait pas tout ». « Il ne faut pas oublier que les plateformes ne rétribuent pas directement les artistes, cela se fait par l’intermédiaire des maisons de disques. Une réflexion sur un autre modèle de rémunération ne pourra se faire qu’avec tous les acteurs: artistes/auteurs/compositeurs, labels, distributeurs, sociétés de gestion collective, etc », ajoute Antoine Monin.

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Pour en revenir au système actuel, Jean-Philippe Thiellay met par ailleurs en garde contre les « risques de concentration qui existent », notant que Amazon et Apple ont refusé de participer à l’étude. Dans ses conclusions, il demande aussi que « soient clarifiés (les) mécanismes » des playlists soupçonnées d’orienter les choix des utilisateurs vers des genres dominants (rap, rn’b, etc). Et d’insister: « la musique mise en valeur sur les plateformes doit être celle des artistes/auteurs/compositeurs, pas celle de la Mood Music, musique d’ambiance au kilomètre parfois générée par ordinateur, ou des podcasts ».

Philippe Gault (avec AFP)

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