Peter Gelb dirige le Metropolitan Opera de New York

Le "Met" diffuse ses spectacles dans les salles de cinéma de plus de 60 pays : explications.

Vous venez de dévoiler votre neuvième saison new-yorkaise : pensez-vous pouvoir encore atteindre un nouveau public avec les  » HD Live « , ou bien avez-vous atteint les limites ?
Nous avons atteint un seuil – un excellent seuil. Si nous augmentons la fréquentation, ce ne sera pas de manière significative. La Chine, par exemple, ne possède pas encore les bases d’un large public. Aujourd’hui, l’Allemagne et la France réalisent les meilleures entrées, après les États-Unis : 57 % des spectateurs des «  HD Live  » se trouvent hors de nos frontières.
Quels pourcentage représentent ces retransmissions dans le budget total du Met ?
Avec 2,7 millions de spectateurs par an dans le monde, elles rapportent environ 17 millions de dollars au théâtre – je rappelle que notre budget est de 320 millions de dollars et que le coût d’une production d’opéra oscille entre 2 et 4 millions. Ces captations représentent aussi un outil éducatif utilisé à travers tout le pays par des professeurs pour faire connaître l’opéra aux jeunes Américains.
Le public lyrique américain de demain est-il garanti ?
Il faut sans cesse aller le chercher. Nous sommes en compétition avec toutes les formes d’art vivant et de divertissement offertes par New York. Nous devons aussi composer avec une société qui ignore l’opéra et la musique classique à l’école. C’est ainsi qu’aux États-Unis, la plupart des efforts éducatifs vers l’opéra viennent du Met. Douze mille enfants viennent chaque année assister à des répétitions. Mais le vieillissement du public d’opéra – qui est à mes yeux le plus gros défi pour les compagnies américaines – pose aussi des problèmes matériels plus directs…
C’est-à-dire ?
Si nous avons énormément de donateurs privés (je rappelle que nous ne recevons pas d’argent public), peu d’entre eux donnent ce que j’appelle de grosses sommes. Or, lorsqu’un de ces gros donateurs disparaît, le Met, qui dépend d’eux depuis des décennies, peut se retrouver en difficulté. Voilà pourquoi nous sommes en cours de négociations avec les syndicats pour réduire encore les coûts de production.
Quels vont être les temps fort de la saison prochaine ?
J’attends beaucoup de la Lady Macbeth d’Anna Netrebko et des nouvelles production des Noces de Figaro par Richard Eyre et de Cavalleria Rusticana/ Paillasse par David McVicar. Eyre et McVicar sont deux formidables raconteurs d’histoires – qualité indispensable pour un metteur en scène, qu’il s’appelle Dimitri Tcherniakov ou Susan Stroman. Les déconstructions scéniques n’ont pas leur place ici, mission éducative oblige. Enfin, nous accueillerons La Mort de Klinghoffer, le chef-d’œuvre de John Adams à mes yeux.
L’opéra contemporain trouve-t-il son public ?
Il doit avoir sa place. Pour les saisons à venir, Robert Lepage prépare L’Amour de loin de Kaija Saariaho, Nico Muhly écrit son deuxième opéra, Osvaldo Golijov adapte Iphigénie en Aulide avec Conor McPherson, et Thomas Adès travaille sur l’adaptation de L’Ange exterminateur de Buñuel.