Penderecki dirige Penderecki

On n’est jamais si bien servi que par soi-même. Le label Dux édite une nouvelle intégrale des « Symphonies » de Krzysztof Penderecki dirigées par le compositeur.

À l’occasion de son 80e anniversaire, Krzysztof Penderecki a une nouvelle – et sans doute dernière fois – entrepris l’enregistrement de ses symphonies. Pour Dux, déjà, mais aussi pour EMI ou Wergo, le compositeur avait laissé des versions importantes pour leur qualité documentaire, mais qui généralement alourdissaient à l’excès la pâte sonore de ces partitions, soulignant ouvertement leur caractère post-romantique. Trop peut-être.
Il est vrai qu’après la Symphonie n° 1, synthèse de ses expériences sonoristes des années 1960, Penderecki a effectué un ­virage esthétique radical. La Symphonie n° 2 " Noël " de 1980 est placée sous l’influence de Bruckner, tandis que les Symphonies nos 3 à 5, datant des années 1988- 1995, se sont donné pour ambition " la refonte des ­expériences [du] siècle ". Chacune d’elles propose un monde sonore syncrétique mais profondément original, fait de gestes très con­trastés, d’une ironie grinçante proche de Chosta­kovitch, dans lequel " les princi­pes de variation dans la répétition prennent la forme de proliférations géantes " (K. Beffa). Les deux dernières symphonies, la n° 7 " Les Sept Portes de Jérusalem " (1997, la plus spectaculaire et peut-être la plus réussie) et n° 8 " Chants de l’éphémère " (2004-2007), renouent avec le style ­oratorio qui a accompagné Penderecki sa vie durant. La Symphonie n° 8 est ­donnée ici en première mondiale dans sa version augmentée de trois lieder.
Tout au long de ces 5 CD, le compositeur tire le meilleur d’un orchestre de jeunes aux couleurs drues et à l’engagement de chaque instant. Voici donc, en attendant l’achèvement de la Symphonie n° 6 " Pastorale ", le ­testament symphonique de Penderecki, qui donne ­finalement une image expressionniste de ces œuvres remarquables. Ce coffret, dont chaque disque est disponible séparément, est complémentaire de l’intégrale, plus ­mesurée, dirigée par ­Antoni Wit pour Naxos.
Krzysztof Penderecki (né en 1930)
Intégrale des Symphonies
Orchestre symphonique polonais, Iuventus, dir. Krzysztof Penderecki
Dux 5 CD 0947 (Distrart). 2010-2012. 4 h 48′
Nouveauté 1re