Pédocriminalité : Comment l’Eglise va financer l’indemnisation des victimes ?

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Indemniser toutes les victimes d’abus sexuels sans demander les dons des fidèles. Telle est la promesse de la conférence des évêques de France qui a rendu hier ses conclusions suite au rapport Sauvé. Une instance indépendante va être créée et toutes les victimes pourront la saisir pour obtenir une indemnisation payée par l’Eglise.  

Les fidèles ne seront pas contraints d’abonder le fonds mais ils peuvent y contribuer s’ils le souhaitent

Pour financer le fonds et indemniser autour de 330 000 victimes, les évêques misent sur la vente de biens mobiliers et immobiliers de l’Eglise. Chaque diocèse doit en faire l’inventaire. Mais les petits ont peu de biens, et les grands, beaucoup de charges. Autre difficulté : tout ce que possède l’Eglise ne peut pas être vendu et les monuments historiques sont exclus. Pas possible non plus de vendre les legs faits par les fidèles pour un usage bien particulier. Ambroise Laurent, le chargé des questions financières de l’épiscopat nous assure que l’institution dispose d’environ 500 millions d’euros de fonds de sécurité.

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Pour l’historien des religions, Odon Vallet, ce montant est bien moins élevé avec quelques églises, salles et appartements pour une poignée de millions et dont la vente est compliquée : «  si on vend des petites églises, les fidèles ne pourront plus aller à la messe et d’autre part, les petites églises sont souvent dans un très mauvais état donc leur valeur est négative ». Les fidèles ne seront pas contraints d’abonder le fonds mais ils peuvent y contribuer s’ils le souhaitent. Ce dernier a ouvert en septembre et atteint aujourd’hui 500 000 euros.

Les évêques veulent aller « jusqu’au bout du devoir de vérité »

Difficile pour l’heure d’estimer combien de personnes demanderont une indemnisation et à quelle hauteur mais l’Eglise le promet : elle honorera ses engagements quitte à passer par l’emprunt. Les évêques veulent aller « jusqu’au bout du devoir de vérité ». Hier, à Lourdes, la conférence a proposé 4 mesures phares pour lutter contre la pédocriminalité dans l’Eglise : la constitution d’une instance indépendante chargée d’indemniser les victimes, les moyens de ce financement dont se charge l’Eglise, la constitution de groupes de travail pilotés par les laïcs mais aussi l’appel à l’aide du Pape. L’institution lui demande d’envoyer une délégation pour évaluer le traitement des victimes et la protection des mineurs par l’Eglise de France.

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François Devaux, de l’association la parole libérée aujourd’hui dissoute, craint que le Rome ne soit pas à la hauteur : « est-ce que le Vatican a vraiment l’intention d’être transparent ? Permettez-moi d’en douter. J’ai écrit plus de 10 courriers au pape. Certains lui ont été remis en main propre. Je n’ai jamais obtenu la moindre réponse alors qu’il sait très bien qui je suis, il sait aussi ce qui se passe en France mais pour autant il ne fait rien. Il ne faut pas se tromper sur cette responsabilité parce que, les évêques français s’ils engagent un processus de reconnaissance et de réparation dans le processus de réforme, vont très vites se retrouver pieds et poings liés. On ne pourra pas arrêter l’hémorragie tant que le pape n’aura pas engagé sa responsabilité ».

Elodie Vilfrite 

Ecoutez le reportage d’Elodie Vilfrite : 

 

Ecoutez les explications de Francois Devaux au micro d’Elodie Vilfrite : 

 

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