Mutuelles : Les tarifs augmentent de 3.4% en moyenne, plus que l’inflation

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Les tarifs des mutuelles ont augmenté, et assez sensiblement. Le chiffre est publié ce matin dans Le Parisien, les cotisations pour les mutuelles augmentent cette année de 3,4% en moyenne. Seuls 20% des Français ont la chance d’avoir un gel de leur tarif. Et pour certains en revanche, l’addition est bien plus salée, avec une hausse jusqu’à 5,3%.

Covid-19 : certains soins, comme des visites chez le dentiste, n’ont pas été faits lors des pics de la pandémie

La Mutualité française a sondé 32 organismes de complémentaires santé, couvrant 17 millions de Français, pour parvenir à cette moyenne. On note au passage que 3,4% c’est plus que l’inflation, mesurée sur un an à 2,8% au mois de décembre. Pourquoi une telle hausse ? Trois facteurs l’expliquent. Le premier est une tendance de très long terme : la hausse des frais de santé, due au vieillissement de la population, et à la mise au point notamment pour les maladies chroniques de nouveaux traitements plus techniques ou de médicaments plus coûteux. La prise en charge des malades, quand elle est plus lourde, ou tout simplement plus précise et individualisée, est plus onéreuse.

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Ensuite, il y a le déploiement progressif, depuis le début du quinquennat, de la réforme dite du « 100% santé », qu’on appelle aussi le « reste à charge zéro », qui doit permettre à tous d’avoir des soins dentaires, des lunettes et des prothèses auditives entièrement pris en charge par la Sécu et les mutuelles. On a cru à un moment cette année que le volet optique (les lunettes), permettrait de faire des économies, ce n’est pas le cas, alors qu’en revanche le volet audiologie s’est avéré plus volumineux qu’attendu. Enfin, il y a un rattrapage post-confinement. Certains soins, comme des visites chez le dentiste, n’ont pas été faits, lors des pics de la pandémie. Des retards qui se révèlent coûteux, aujourd’hui.

 

Ces dépenses contraintes, comme la mutuelle, avaient été très mises en avant lors de la crise des Gilets jaunes

Le gouvernement a mis une sacrée pression sur le secteur pour qu’il n’augmente pas les tarifs, mais ça ne marche pas cette fois-ci. Olivier Véran avait même demandé aux mutuelles qu’elles « restituent les économies réalisées durant les confinements » Visiblement, elles ne voient pas de quoi il parle et elles augmentent les tarifs. Or les tarifs des mutuelles est un sujet très sensible ! Surtout quand on sait que le pouvoir d’achat est en tête des priorités des Français pour la présidentielle. Cela fait partie des dépenses contraintes (comme la nourriture notamment) et plus précisément des dépenses « pré-engagées », comme la facture de téléphone, d’électricité, l’abonnement au bus, métro : des dépenses qu’on est obligé de payer, qui tombent chaque mois ou chaque trimestre, et dont ne maîtrise pas les augmentations potentielles, ce qui crée un sentiment d’injustice.

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Ces dépenses contraintes avaient été très mises en avant lors de la crise des Gilets jaunes. On parlait alors du « reste à vivre » trop faible, une fois toutes les factures réglées. Depuis fin-2018, le gouvernement tente de contenir les tarifs. Politiquement, c’est facile de laisser entendre, même si ça n’est pas dit comme ça, que les banquiers, les assureurs ou les mutuelles ont pour métier la gestion de l’argent et qu’ils peuvent partager un peu mieux leur trésor de guerre. C’est aussi dans ce contexte qu’on a vu apparaître le projet d’une Grande sécu : l’assurance maladie rembourserait toute seule, tandis que les mutuelles disparaîtraient, ou quasiment. Le but serait de dégager des économies de 5 milliards d’euros sur les frais de gestion et de simplifier les remboursements pour les Français, en leur évitant de devoir s’adresser à plusieurs guichets. Le dossier doit avancer dans le courant du mois de janvier, avec la position attendue du Haut conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie. Cela pourrait bien être un des thèmes de la présidentielle. Les acteurs du secteur rejettent en bloc ce projet de Grande sécu. Ils multiplient les efforts pour apparaître comme soucieux du pouvoir d’achat. Ce matin, ce chiffre de 3,4% de hausse de leurs tarifs tombe assez mal pour eux.

François Geffrier

 

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