Les 4 saisons de Vivaldi jugées anxiogènes en Grande-Bretagne

Depuis 14 ans, les millions de Britanniques qui téléphonaient au département du Travail et des Retraites (DWP) devaient patienter en écoutant, parfois pendant d’interminables minutes, un court extrait des 4 saisons de Vivaldi répété en boucle mais jugé anxiogène. Désormais, ils patienteront en écoutant une sélection de musiques « plus apaisantes ».

 

Le Printemps de Vivaldi estimé « exaspérant »

« Quiconque tente de joindre le Department of Work and Pensions doit écouter un extrait du Printemps de Vivaldi répété pendant 45 minutes. N’importe qui préférerait avoir du boulot plutôt que subir ça ». C’est avec ce message, teinté d’humour typiquement british, que Ben Golightly (un pianiste !) avait lancé en 2014 une pétition pour contraindre le DWP à changer la musique du répondeur de son agence de recherche d’emploi Job Centre Plus. 45 secondes du Printemps, extrait des Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi, que l’organisme public proposait depuis 2006 sur son répondeur en attendant de parler à un conseiller.

 

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Le temps d’attente moyen étant de huit minutes, les appelants pouvaient entendre l’extrait de dizaine de fois et donc se lasser d’écouter le concerto n°1 en mi majeur pour violon op.8, au point, pour certains, de s’en plaindre, jugeant le morceau « exaspérant ». Une série-documentaire, « The skint », consacrée aux difficultés rencontrées par des chômeurs, diffusée entre 2013 et 2015 sur Channel 4, montrait même un aveugle sans-emploi qui tentait désespérément de joindre un conseiller du DWP. Une scène illustrée par le morceau de Vivaldi répété en boucle.

 

Les Supremes, Blondie et Cliff Richard recalés

« Nous avons eu des commentaires selon lesquels le morceau de Vivaldi a provoqué de l’anxiété chez les demandeurs et a eu, en particulier, un impact négatif sur des appelants autistes« , a déclaré un porte-parole du DWP qui a donc décidé de changer le fond musical de son répondeur, choisi en 2006 avant tout pour des raisons financières, car libre de droits. Cette fois-ci pas question de céder à la facilité « économique ». Si les propositions relevées sur les réseaux sociaux qui incluaient les chansons aux titres « suggestifs » des Supremes (« You keep me hangin’ on »), Cliff Richard (« We don’t talk anymore »), Blondie (« Hanging on the telephone ») ou des Smiths (« Still ill ») n’ont pas été retenues, c’est après consultation de psychologues et de demandeurs d’emploi que le choix définitif s’est porté sur une sélection de 8 morceaux inédits d’une durée de 20 minutes. Une compilation qui, selon le DWP, « Vise à réduire l’anxiété et à garantir que l’expérience d’attente soit autant que possible relaxante grâce à un rythme neutre stable tout en réduisant le problème de répétition ».

 

Philippe Gault

 

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