Le retour des néonicotinoïdes en débat à l’Assemblée : sauver les abeilles ou la betterave ?

Le débat sur les néonicotinoïdes débute aujourd’hui à l’Assemblée. Il s’annonce comme un véritable casse-tête pour le gouvernement et divise les rangs de la majorité.

 

Un pesticide indispensable ?

Les néonicotinoïdes contribuent à tuer les abeilles dont on a tant besoin et la nature met de très nombreuses années à les éliminer. Pour la planète, il est donc important de les supprimer. Le problème est que la production de betteraves sucrières est menacée quand les conditions météo sont mauvaises comme cette année parce que la France a interdit l’usage de ces pesticides depuis 2018. Les agriculteurs disent ne pas avoir de solution alternative et le gouvernement a fini par se rendre à l’évidence et propose donc d’autoriser leur réutilisation seulement pour la betterave et au maximum jusqu’en 2023 quand cela s’avèrera nécessaire. Les agriculteurs crient victoire et espèrent pour certains créer un précédent. Les écolos crient à la trahison.

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Aujourd’hui on ne peut se passer de ce pesticide ; un jour sans doute que nous le pourrons. Il faut travailler sur la sélection variétale. La science doit nous permette de développer une betterave qui résiste mieux aux pucerons en cas d’humidité ce qui est sans doute possible. Pendant longtemps, il n’y avait pas d’intérêt à le faire parce qu’on avait des pesticides. Aujourd’hui il faut investir dans la recherche. Mais il faudra peut-être accepter une betterave OGM.

 

Une filière de 46 000 personnes dépend de ce choix

La France est le premier producteur de sucre en Europe. C’est une filière qui fait vivre 46 000 personnes. Je vois mal la collectivité les prendre en charge. S’il y a un aléa météo, les agriculteurs planteront autre chose. Nos industriels qui transforment le sucre manqueront de matière première et mettront la clef sous la porte. Et comme on ne va pas s’arrêter de consommer du sucre, on en importera de pays qui autorisent les néonicotinoïdes. Sur le plan environnemental, cela ne règlera rien.

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Nos voisins ont admis qu’un usage encadré et temporaire ne présente que peu de risques car on récolte la betterave avant qu’elle ne fleurisse. Cela limite considérablement les risques pour les abeilles. L’agroalimentaire est avec le luxe, le tourisme et l’aéronautique une des rares forces économiques de la France. Dans cette période de crise, il faut être pragmatique, pas dogmatique.

David Barroux