JOYCE DIDONATO, CHANTEUSE ÉTOILE

Joyce DiDonato, Riccardo Minasi et l'Opéra de Lyon nous convient à un somptueux festin pour célébrer le « bel canto » naissant dans la Naples du XIXe siècle.

Dès premières mesures, vous êtes emportés : l’air de Pacini qui ouvre et baptise l’album (une des trois premières mondiales du programme) pétille et fait mouche, en même temps qu’il assoit la supériorité de la mezzo-soprano américaine dans le bel canto romantique – ici Naples et ses étoiles dans le premier XIXe siècle. Le mordant, le ton bravache, le punch vocal sont irrésistibles et sautent au visage, servis par une technique sculptée par une pointe (trille insolent, coloratures telles un éclat de rire, messa di voce…). Toutefois, l’autorité, l’espèce d’énergie mâle à la Marilyn Horne, machine à roulades à laquelle rien ne résiste, savent aussi se colorer et se parer de brumes : le souffle caressant la ligne, voici que les cantilènes s’envolent (l’air de la Lucia de Carafa, la cavatine d’Elisabetta as Castello di Kenilworth de Donizetti parée des touches cristallines du glockenspiel), tandis que les sauts d’intervalles, les orneès ments et les cadences se coulent dans des mots péremptoires – voyez l’attaque de Zelmira de Rossini. Splendides, les trois inédits (Stelladi Napoli de Pacini, le Nozze di Lammermoor de Carafa, Il sonnambulo de Valentini) voisinent avec des pages pas forcément plus connues, comme Safo de Pacini ou La Vestale de Mercadante (vous croyez entendre Giuletta des Capuleti de Bellini ? Non, c’est la romance de Nelly tirée d’Adelson e Salvini son premier ouvrage). Enfin, la cohérence du programme est garantie par Riccardo Minasi, chef aux petits soins qui impulse aux forces de l’Opéra de Lyon enthousiasme et musicalité : les astres autour de l’étoile.