Entretien avec Valery Gergiev : Le devoir de mémoire

Le grand chef et directeur du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg lance un nouveau label.

Pourquoi ce label " Mariinsky " ?
D’abord pour continuer à publier des enregistrements de notre théâtre ! Depuis 1990, notre contrat avec Universal nous avait permis de constituer une formidable anthologie. Mais l’orientation de la major a été telle qu’il est devenu impossible de s’engager sur de gros projets. Nous avons donc décidé de poursuivre, seuls, l’aventure en créant notre marque.
Le premier disque sera consacré à l’opéra Le Nez de Chostakovitch. Pourquoi ?
Pour des raisons purement artistiques. Nous aurions pu enregistrer Eugène Onéguine, par exemple – je ne l’ai jamais fait, et c’est plus commercial que Le Nez ! Mais à quoi bon saturer le marché avec un nouveau disque d’une œuvre archiconnue ? En outre, nous jouons très souvent Le Nez à travers le monde, j’ai une formidable équipe de chanteurs pour le faire et il n’en existe qu’un seul enregistrement, déjà ancien.
Dans quelles conditions enregistrez-vous ?
En haute définition, dans la nouvelle salle de concert du Mariinsky, à l’acoustique idéale, sous la houlette du producteur James Mallinson et de l’ingénieur du son John Newton. En public ou dans les conditions du studio, suivant les cas.
Outre Le Nez, quels sont vos projets ?
Ils sont très nombreux. J’ai la chance de pouvoir m’appuyer sur une grosse organisation, le Théâtre Mariinsky, dont le label est un outil de rayonnement plus qu’une affaire comptable : je peux donc monter tous les projets que je souhaite, sans contrainte. Afin de refléter l’ensemble de nos activités, nous publierons des disques et des DVD d’opéra, de musique symphonique et de ballet.
Pouvez-vous nous donner quelques titres à venir ?
Je vais conclure mon intégrale des symphonies de Chostakovitch, débutée avec Philips. Avec d’abord les Première et Quinzième. Il y aura aussi une anthologie Tchaïkovski. Beaucoup de musique contemporaine également : le nouvel opéra de Rodion Chtchedrine, des œuvres de Sofia Gubaïdulina et Boris Tichtchenko. Depuis quelques années, nous avons assis le répertoire " traditionnel " du théâtre, aussi les commandes de nouvelles œuvres sont-elles devenues la priorité du Mariinsky.
Que rêvez-vous d’enregistrer ?
Il est évident que ce nouveau label a également une fonction documentaire : garder le témoignage des meilleurs artistes de notre époque. Mon rêve est de pouvoir réunir les meilleurs chanteurs actuels autour de grands titres du répertoire ; de faire un Parsifal avec René Pape, un Guerre et Paix de Prokofiev avec Anna Netrebko.
Quid de vos projets avec le London Symphony Orchestra ?
L’équipe de l’orchestre nous a aidés à monter notre label. Ces deux activés, à Saint-Pétersbourg et à Londres, sont complémentaires. Avec le LSO, après l’intégrale Mahler, nous publierons Le Château de Barbe-bleue de Bartók et une série consacrée à Rachmaninov.