Emmanuel Macron demande pardon aux harkis, la reconnaissance d’une histoire douloureuse

Archives de la Ville de Montreal

Emmanuel Macron a officiellement demandé pardon aux harkis. L’occasion de revenir aujourd’hui, sur ces Algériens ayant combattus aux côtés de la France avant d’être livrés à leur sort.

Guerre d’Algérie : 7 ans de conflit qui ont fait jusqu’à 400 000 morts

Cette souffrance, ce traumatisme, a démarré il y a presque 60 ans.

Le 18 mars 1962, le général de Gaulle annonce la signature des accords d’Evian. Un point final à 7 ans de guerre qui ont fait jusqu’à 400 000 morts. Dans la foulée, quelques 80 000 harkis, hommes, femmes, enfants, menacés de mort en Algérie arrivent en France. Un reportage de juin 1962 évoque les premiers arrivants.

Ces rapatriements d’urgence, les autorités françaises ne s’y étaient pas vraiment préparées. Les harkis que l’on appelle alors les « inclassables » ou encore les « irrécupérables », sont tous parqués dans des camps de reclassement, d’internement à Bias (Lot-et-Garonne), à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) ou à Saint-Maurice-l’Ardoise (Gard). Certains sont même placés dans des prisons désaffectées.

Promiscuité, insalubrité, mal nutrition: pendant près de 15 ans, ces milliers de Franco-algériens vont vivre entourés de barbelés, et 1 500 enfants ne seront pas scolarisés. Un quotidien que de nombreuses familles tenteront rapidement de fuir dans des villages isolés ou dans des hameaux forestiers. Les harkis sont aussi victimes d’un racisme qui perdure. A Montpellier en 2006, Georges Frêche, le président PS du Languedoc Roussillon dérape lors d’une cérémonie d’hommage aux pieds-noirs.

L’Art de perdre, d’Alice Zeniter une œuvre d’espoir contre les heures sombres

Après ces propos, Georges Frêche sera condamné à 15 000 euros d’amende. Le travail de mémoire débute en 1987. Jacques Chirac, alors premier ministre réagissait face au mal-être des familles de harkis. En 2001, Chirac devenu président de la République, instaure la journée nationale d’hommage aux harkis le 25 septembre de chaque année. Une reconnaissance qui s’accélère 20 ans plus tard, d’abord sous Nicolas Sarkozy puis sous François Hollande. Un message de reconnaissance pour les harkis et leurs descendants qui ont voulu transmettre leur vécu, notamment par la littérature. Un livre, L’Art de perdre, prix Goncourt des Lycéens en 2013 ravive la mémoire d’une famille harki. La romancière, Alice Zeniter, voulait en faire une œuvre d’espoir contre les heures sombres.

Alice Zeniter tentait de mettre des mots sur un traumatisme, « car le silence n’est pas un espace neutre, c’est un écran sur lequel chacun est libre de projeter ses fantasmes ».

Marc Bourreau 

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