Dominique Reynié : “Un mouvement de droitisation profond, européen, ne paraît plus contestable”

Dominique Reynié était l’invité politique de la matinale de Dimitri Pavlenko ce mercredi 2 juin. Le directeur de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) et professeur de sciences sociales publie l’ouvrage Le 21ème siècle du Christianisme aux éditions du Cerf, décrivant le déploiement de l’influence religieuse à travers le monde.

Dominique Reynié : “Depuis un siècle on voit le monde comme de moins en moins religieux, c’est faux”

Intuitivement, le 21ème siècle aurait pu être identifié comme le siècle du déclin des religions, cependant l’ouvrage de Dominique Reynié constate qu’il n’en n’est rien, et avec 84% de l’humanité déclarant une affiliation religieuse, la foi augmente sur la planète : “Depuis un siècle on voit le monde comme de moins en moins religieux, c’est faux (…) au-delà d’une présence du religieux on peut parler de déploiement du religieux (…) Beaucoup de facteurs jouent sur ce taux, notamment la démographie avec un taux de fécondité de 2,6 chez les femmes chrétiennes et 2,9 chez les femmes musulmanes (…) Ce taux de fécondité porte le développement de la religion, indépendamment du prosélytisme” affirme Dominique Reynié.

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Mais quelles seront les conséquences politiques et sociétales d’un tel déploiement religieux ? Selon le politologue, les modèles de relations entre politiques et religieux ne sont pas démocratiques : “j’identifie trois éléments, d’abord le modèle chinois, qui est un modèle où l’état contrôle entièrement la religion et la persécute, les Ouïghours sont persécutés mais également les Chrétiens (…) Le modèle islamiste, où la religion contrôle l’ensemble de la politique, c’est le projet totalitaire de l’islamisme (…) Le troisième projet est celui de groupes religieux qui s’organisent sur les plateformes numériques pour censurer, c’est un travail sur la liberté d’expression mené par des organisations religieuses très puissantes à travers le monde”.

 

Covid-19 : “La crise sanitaire a encore affecté la question de la compétence des gouvernants” affirme Dominique Reynié

Candidat LR aux régionales de 2015 en Occitanie, Dominique Reynié est aujourd’hui très critique d’un parti qui a manqué à son rôle de force politique majeure de la droite : “Les Républicains n’ont jamais réussi à construire un discours qui réunit le parti derrière un ou des chefs depuis la défaite de 2012 (…) Evidemment le vide ne reste pas, personne n’attend la droite, cela a été comblé par le Rassemblement National, Marine Le Pen étant amené sur un nouveau terrain par l’absence de représentation de LR”. Pourtant, le politologue relate un climat politique favorable au développement des idées LR, avec 38% des français qui s’auto-déclarent de droite, contrairement à 24% qui se déclarent de gauche, une hausse de cinq points de ce chiffre en cinq ans qui traduit une droitisation du pays : “Ce mouvement de droitisation ne paraît pas contestable, au-delà des urnes, c’est un véritable mouvement plus profond, continental, européen (…) Sur des sujets comme la sécurité, la justice, l’éducation, l’intégration des immigrés, la laïcité, il y a eu une absence de préoccupation par beaucoup de formations politiques, en particulier à gauche (…) D’autres facteurs entrent en jeu, comme le vieillissement démographique”.

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Dominique Reynié, éminent spécialiste des populismes, souligne que la notion de Front Républicain, cette idée d’un barrage naturel entre les partis dits de gouvernements et le Rassemblement National, est en perte de vitesse : “Depuis des années les français ont le sentiment que le pouvoir n’y parvient pas, le thème de l’incompétence des partis populistes est en train de s’éroder (…) La crise sanitaire a encore affectée la question de la compétence des gouvernants”.

Rémi Monti

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