Disparition : Eric Pleskow, le producteur du film Amadeus est mort à 95 ans

C’est en grande partie grâce à cette sommité du cinéma américain que le grand public a pu découvrir sur grand écran en 1984 la vie et la musique de Mozart à travers le film de Miloš Forman qu’il a produit et qui a obtenu 8 Oscars

 

Eric Pleskow, une légende du cinéma hollywoodien

Des Oscars, Eric Pleskow en a collectionnés tout au long de sa carrière de producteur à Hollywood. 14 au total (« Platoon », « Danse avec les loups », « le silence des agneaux », « Rocky »…) sans compter la découverte et le soutien à des grands talents qui deviendront des stars internationales comme Sylvester Stallone, Woody Allen, Billy Wilder, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese… Né Erich Pleskoff dans une famille juive à Vienne le 2 avril 1924, il avait fui la montée du nazisme avant la guerre pour rejoindre Paris, puis gagner les Etats-Unis. Diplôme d’ingénieur et naturalisation en poche, il s’était retrouvé « un peu par hasard » à travailler dans le milieu du cinéma, montant un à un les échelons. Responsable de la dénazification du cinéma allemand au sein de l’armée américaine tout de suite après la guerre, il avait intégré le studio United Artists en 1951, devenant le 2e Européen, après Charlie Chaplin, à présider cette institution. En 1978, il avait cofondé la société de production Orion Pictures, dont il avait pris la tête. A la fin de sa vie, Eric Pleskow avait renoué avec Vienne, sa ville de naissance qui l’avait fait citoyen d’honneur en 2007. « Sa mort est une grande perte pour nous tous », ont indiqué dans un communiqué les organisateurs de la Viennale, principale manifestation cinématographique de la capitale autrichienne, dont Eric Pleskow était président depuis 1998.

 

 

Amadeus, le pari fou de Miloš Forman et Eric Pleskow

Et ce n’est pas pour rien qu’Eric Pleskow s’est tant investi pour le film « Amadeus » dont l’essentiel de l’action se déroule à Vienne, sa ville natale. La genèse du film légendaire remonte à 1979, lorsque Miloš Forman se voit proposer, contre son gré, d’aller voir la pièce « Amadeus » de Peter Shaffer. Il est conquis dès le 1er acte puis, appréciant encore plus le second, décide d’en faire un film. Il rencontre alors Peter Shaffer et les deux hommes se mettent à travailler sur l’adaptation dans le Connecticut. Pas évident, à l’époque de convaincre un producteur de s’investir dans un projet de film musical qui réclame des moyens techniques, humains et financiers considérables d’autant que Miloš Forman insiste également pour n’avoir aucun acteur connu dans le film, jugeant que le public ne doit voir que Salieri et Mozart à l’écran. C’est le jeune acteur américain inconnu Tom Hulce qui héritera du rôle-titre (Mick Jagger, Kenneth Brannagh, Mark Hamill, Mel Gibson ou Tim Curry, avaient même été suggérés, et certains auditionnés, par la production). Dans les 18 millions de dollars investis pour la production, il fallait également prendre en compte la rétribution de plus de 500 figurants, des décors fastueux (des milliers de bougies !), une bande-originale inédite et puis le tournage que Forman exigea de réaliser à Prague en raison de son architecture du XVIIIe siècle. Bien que l’action se déroule à Vienne, la capitale tchèque offrait en effet des éléments architecturaux moins contemporains. Le réalisateur renouait aussi avec ses origines puisqu’il était né à Čáslav dans l’ancienne Tchécoslovaquie. C’est d’ailleurs dans le théâtre baroque Tyl de Prague, quasiment inchangé depuis le XVIIIe siècle, qu’ont été tournées les séquences d’opéra, précisément là où s’est déroulée la première de Don Giovanni en 1787. Pari plus que réussi pour Eric Pleskow, Saul Zaentz (producteur exécutif) et Miloš Forman puisque le film, outre une quarantaine de récompenses internationales, sera vu par des dizaines de millions de spectateurs (4,5 millions en France entre 1984 et 1985) et rapportera près de 100 millions de dollars dont 57 rien qu’aux États-Unis. En France, Amadeus (César du meilleur film étranger) est sorti en salle le 31 octobre 1984, il y a 35 ans.

Philippe Gault (avec AFP)

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