Charlie Hebdo : « avant le chagrin, il y a eu une belle histoire » – Chloé Verlhac, veuve de Tignous

Il y a 5 ans jour pour jour, la rédaction de Charlie Hebdo a été frappée par un attentat faisant 12 morts. Parmi eux Tignous, journaliste et dessinateur de presse. Sa compagne Chloé Verlhac publie dans « Si tu meurs, je te tue… », un récit poignant, où elle raconte son 7 janvier 2015 et sa lente reconstruction depuis.

 

Ecoutez le reportage d’Eric Kuoch

 

 

Pour Chloé Verlhac, tourner la page de l’attentat, mais pas de Tignous

 

Ce livre publié aux éditions Plon est un cri d’amour pour celui qu’elle appelle « mon amoureux », et surtout lui dire adieu. Dans son salon, un autel accueille une photo de Tignous, avec autour des statuettes, des offrandes aussi, comme ce papier de chocolat déposé là par l’un de leurs enfants. Si Chloé Verlhac a décidé de se livrer, c’est pour tourner la page de l’attentat, mais pas de Tignous : « J’avais partagé avec la Nation le deuil. Moi j’avais besoin de partager ma belle histoire d’amour, parce qu’avant le chagrin, il y a eu une belle histoire ». Une histoire d’amour avec l’homme, Bernard Verlhac, mais aussi l’artiste. Faire vivre et perpétuer son œuvre, une mission pour Chloé, depuis ce tragique 7 janvier 2015.

 

 

Tignous disait « si on a peur, ils ont gagné »

 

Chloé Verlhac refuse de « laisser le terrain » aux terroristes : « Ils ne voulaient plus voir ces dessins [caricatures de Mahomet NDR], mais on allait publier et publier encore, parce que c’est la seule manière de résister. Tignous disait, si on a peur, ils ont gagné. Il ne fallait pas les laisser gagner ». Lutter pour tenir, et pour Chloé, cela s’exprime, 5 ans durant, par la colère contre les terroristes, la paperasse, le gouvernement, mais il est temps, selon elle, de déposer l’armure. « Cette colère s’est apaisée en écrivant, parce que j’ai mis des mots sur mes maux. Cela m’a permis d’accepter de redevenir faillible. Finalement la vraie force, c’est celle-là, c’est accepter d’être faible ». Lâcher prise pour enfin pouvoir verser ces larmes, trop longtemps retenues, et d’être Chloé, et non la veuve de Tignous. Un permis  « d’être heureuse encore ».

 

Eric Kuoch

 

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