Agriculture : La filière bio, grande perdante des arbitrages de Julien Denormandie ?

Julien Denormandie, ministre de l’agriculture, doit présenter ce matin la déclinaison française de la future PAC, la politique agricole commune. C’est un arbitrage très attendu notamment sur la répartition à venir des 9 milliards d’euros d’aide annuelle, avec au cœur des débats l’espoir de conditionner certaines aides à la mise en place de pratiques plus respectueuses de l’environnement.

Politique Agricole Commune : Un éco-régime qui manque d’ambition ?

Le conditionnement d’un versement d’une partie des aides directes de la PAC à des pratiques vertueuses pour l’environnement était prévu par l’instauration d’un nouveau système, l’éco régime. Restait à déterminer les conditions pour obtenir ces aides, et à ce propos Mathieu Courgeau, éleveur laitier et président du collectif Pour une autre PAC, dénonce le manque d’ambition : « on a une vraie divergence sur le niveau d’ambition à accorder à ce régime (…) ce qu’on demandait c’est un système à plusieurs niveaux qui favoriserait vraiment l’évolution des pratiques (…) le ministre, lui, considère qu’il faut donner les aides à tous les agriculteurs quelle que soit leurs pratiques actuelles ».

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Le pessimisme est également de mise du côté du WWF qui parle déjà d’occasion manquée : « pour ne froisser personne tout le monde aurait droit à ces aides (…) sur le terrain cela ne changera rien, il n’y aura aucune incitation à un changement de pratique pour aller vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement » affirme Arnaud Gauffier.

 

Julien Denormandie affirme que les aides accordées à l’agriculture biologique vont passer de 250 à 340 millions d’euros

A l’inverse, ces dernière semaines, des agriculteurs, notamment des céréaliers, avaient manifesté contre un verdissement jugé excessif pas applicable dans certaines exploitations et excluant de fait les agriculteurs de ces aides, alors que cet éco régime devrait représenter environ 25% des aides directes versées aux agriculteurs à partir de 2023. Arnaud Rousseau, vice-président de la FNSEA, estime que les décisions du ministre vont dans le bon sens : « nous pensons qu’il faut accompagner le plus grand nombre avec évidemment un niveau d’efforts à consentir mais y’a pas un agriculteur français qui peut se passer de 25% de son soutien ».

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Les agriculteurs bio estiment qu’ils pourraient être les grands perdants de ces arbitrages, et les aides au maintien qui existaient encore dans certaines régions vont disparaître. Dans le scénario qu’ils redoutent, l’éco régime, aux ambitions trop faibles selon eux, ne compensera pas les pertes. Cela pourrait représenter une baisse de 66% des aides. Le ministre de l’agriculture répond que les aides accordées à l’agriculture biologique vont au contraire passer de 250 à 340 millions d’euros, une enveloppe gonflée par l’aide aux conversions répond la FNAB, et défavorable à ceux qui exploitent déjà en bio.

Baptiste Gaborit

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