17 octobre 1961 : Emmanuel Macron parle de « crime inexcusable » et fâche la gauche et la droite

Paille / flickr

Emmanuel Macron a qualifié de « crime inexcusable » la répression de la manifestation des Algériens à Paris le 17 octobre 1961. Le président de la République a-t-il clos le débat sur cet événement souvent occulté de la guerre d’Algérie ?

Marine Le Pen, Éric Zemmour et une partie de la droite dénoncent à nouveau, « un acte de repentance »

Emmanuel Macron n’est pas le premier chef de l’Etat à reconnaître la responsabilité des autorités françaises dans la répression de cette manifestation organisée par le FLN, où des dizaines d’Algériens furent tués et jetés dans la Seine. François Hollande l’avait fait le premier. En les qualifiant « d’inexcusables », Emmanuel Macron a été plus loin que son prédécesseur mais ce mot est à double tranchant. Il peut être interprété comme un acte de repentance un de plus, dénoncé hier par Marine Le Pen, Éric Zemmour et une partie de la droite.

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Qui dit inexcusable, signifie également qu’il est impossible de présenter des excuses et, a fortiori, qu’il n’y a pas à demander pardon. Emmanuel Macron ne l’a pas fait alors qu’il y a un mois il avait explicitement demandé pardon aux Harkis qui avaient été véritablement abandonnés par le pouvoir gaulliste. Cette fois, c’est la gauche et la gauche mélenchoniste notamment qui n’est pas contente dans la mesure où elle réclamait la reconnaissance d’un crime d’Etat. Or, le président de la République n’est pas remonté plus haut dans ses propos, qu’au préfet de police de l’époque : Maurice Papon.

Valérie Pécresse pointe que « des policiers français avaient été tués la même année en 1961 par le FLN »

La ligne d’Emmanuel Macron n’est « ni déni, ni repentance ». Par souci d’équilibre, il avance sur une ligne de crête assez inconfortable. « Il faut regarder l’histoire en face » dit-il, mais regarder l’Histoire c’est aller au bout de la vérité. Oui, la répression brutale de cette manifestation du 17 octobre 1961 fut une faute du pouvoir gaulliste. Si 30 ou 40 morts sont 30 ou 40 de trop, la vérité reste en deçà des chiffres véhiculés depuis des décennies faisant état de centaines, voire de milliers de victimes. Il y a eu des crimes de la part d’agents français de la préfecture de police, mais comme l’a dit Valérie Pécresse, ne fallait-il pas aussi rappeler que des policiers français avaient été tués la même année en 1961 par le FLN ? Le FLN exerçait aussi une forte pression sur les Algériens présents en France et traitait comme des traitres ceux qui n’épousaient pas ses combats, y compris par la violence.

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Ne fallait-il pas aussi évoquer les massacres d’Oran ou de la rue d’Isly perpétrés aussitôt l’indépendance accordée à l’Algérie ? C’est cette relecture de vérité jusqu’au bout qui permettrait d’éviter ce sentiment de repentance à sens unique. Une telle reconnaissance ne peut pas apaiser les relations avec l’Algérie. Les autorités algériennes ne cherchent ni à faire ce travail de vérité historique ni à pacifier les mémoires. Au contraire, pour conserver le soutien de l’opinion algérienne, elle a besoin d’entretenir un discours où la France est responsable de toutes les horreurs. C’est le caractère unilatéral des efforts mémoriels de la France qui rendent aussi l’opération impossible.

Guillaume Tabard 

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