« Si Poutine n’est pas arrêté, ça peut déboucher sur une autre guerre dans 5 ans », selon le général Trinquand

Oleksandr Ratushniak / UNDP Ukraine / Flickr

Le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française à l’ONU, était l’invité de Renaud Blanc dans la matinale de Radio Classique ce mercredi 6 avril. Au sujet des massacres de Boutcha, il estime que « c’est un réflexe du pouvoir russe de nier les atrocités faites pendant cette guerre ».

Massacres de Boutcha : des exactions commises par une unité mal encadrée ou est-ce le résultat d’une politique de l’armée russe ?

Moscou continue de nier toute implication de l’armée russe dans les massacres de civils commis à Boutcha, près de Kiev, malgré les images satellites fournies par les Etats-Unis. Selon le général Trinquand, « c’est le réflexe habituel du Kremlin de nier systématiquement », rappelant les dénégations de la Russie après le bombardement de l’hôpital de Marioupol. Peut-on pour autant parler de « génocide », comme le fait le président ukrainien Volodymyr Zelensky ? Pour l’ancien chef de la mission militaire française à l’Onu, il y a en tous cas certainement des « crimes de guerre » : « la question est de savoir si ceux-ci relèvent des exactions commises par une unité dans laquelle on laisse faire les soldats qui boivent et font n’importe quoi, ou si c’est une politique beaucoup plus généralisée dans l’armée russe ». Il penche davantage pour la deuxième explication, mentionnant le cas d’autres villages. Le général pointe aussi « la brutalité intrinsèque de l’armée russe, y compris contre les soldats russes eux-mêmes ».

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S’il reconnaît que Vladimir Poutine n’a pas forcément donné l’ordre de commettre ces massacres, il ajoute que « l’ambiance dans laquelle il a mis l’armée peut conduire à dire qu’il a une responsabilité ». Dominique Trinquand cite les discours du président russe, et les mots extrêmement durs qu’il a employés pour parler de la « neutralisation des nazis en Ukraine ». Il explique ces massacres par « la violence ordinaire, il n’y a plus de différence entre le bien et le mal ». Après plus d’un mois de guerre, quelle est aujourd’hui la nouvelle stratégie du Kremlin ? Selon le général Trinquand, l’annonce d’un redéploiement russe sur le sud s’explique par la stratégie fondamentale de Moscou : « on ne renforce pas l’échec, on renforce le succès ». Or les autres points d’attaques ont échoué. Donc l’armée russe se concentre désormais sur la liaison entre le Donbass et la Crimée, « avec la chute de Marioupol qui permettrait d’annoncer une victoire ». Cette potentielle victoire permettrait à la Russie de peser dans les futures négociations. Elles sont cruciales, car selon le général Trinquand « si Poutine n’est pas arrêté, ça peut déboucher sur une autre guerre dans 5 ans ».

Béatrice Mouedine

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