« Ici, la majorité des gens détestent le Hamas » : A Gaza, les Palestiniens affamés veulent une trêve à tout prix

Abdel Kareem Hana/AP/SIPA

A Gaza, la faim pousse les Palestiniens au désespoir. Hier une très rare distribution d’aide alimentaire a vu affluer des milliers de gazaouis dans le sud de l’enclave palestinienne. Cette distribution chaotique « est une goutte dans l’océan » selon les Nations Unies.

Après 600 jours de conflits et plus de deux mois de blocus humanitaire, la vie des Palestiniens de Gaza est rythmée par les bombes, la faim et les traumatismes. C’est le quotidien des femmes gazaouies. Depuis le début de la guerre, Samah a dû se déplacer neuf fois pour fuir les bombes.

L’été dernier l’une d’elles est tombée sur la maison où elle avait trouvé refuge. Samah se souvient reprendre conscience sous des tonnes de béton : « tout le monde criait, c’est horrible ». Peu après Samah apprend que son père est mort brûlé vif dans une école. Avec son mari et ses deux enfants, elle est désormais réfugiée sous une tente dans le nord de Gaza.

Les enfants maigrissent de jour en jour

« Les enfants, toute la journée, sont fatigués, et perdent parfois conscience ». « Ils m’aident à transporter l’eau sur de longues distances », ajoute-t-elle, précisant qu’elle n’est pas filtrée, ce qui provoque des maladies. « Mais il n’y a pas de médicaments » souffle-t-elle.

Samah n’arrive pas à trouver le sommeil, envahie par l’angoisse de ne pas trouver de nourriture pour ses six enfants, qui maigrissent jour après jour. Elle ne peut leur préparer qu’un repas dans la journée. Après 15 déplacements, ils sont réfugiés à l’ouest de Gaza. « Il n’y a rien au marché, pas de riz, pas de pâtes, pas de fruits », explique-t-elle, et lorsqu’il y a de la farine, « c’est trop cher ». 

« Le Hamas ne défend pas la Palestine »

A l’approche de la conférence des Nations-Unies sur la Palestine, Amal demande, elle, un cessez-le-feu, maintenant. « C’est plus important que la décision de la reconnaissance d’un état palestinien ». Sa voix se brise : « On vit comme des animaux, on ne trouve rien à offrir à nos enfants. On souffre de la famine, du froid et du chaud ».

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Il faut une trêve coûte que coûte, et sans le Hamas ose dire Khadija, professeure de français à Gaza. « Après deux ans de guerre, les gens en ont marre, ils veulent une solution, n’importe laquelle. Pour moi, c’est mieux que le Hamas [parte] et ne donne pas à Netanyahu [de nouvelles occasions] de bombarder. Ici, la majorité des gens détestent le Hamas. On a peur de parler, j’ai peur de parler car ils sont armés. Les responsables sont dans des tunnels, ils mangent bien, ils ont de l’argent, ils sont trop riches alors que le peuple n’a rien à manger. Le Hamas ne défend pas la Palestine. Il y a des manifestations pour que [ses membres] partent et nous laissent vivre ».
« Si j’ai une chance de fuir Gaza, j’y vais » affirme Khadija, « j’ai le droit de vivre, comme tout le monde ».

Laurie-Anne Toulemont

 

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