Guerre en Ukraine : « Couper tout lien avec les Russes sera contre-productif », selon Nicolas Baverez

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Nicolas Baverez, historien, économiste, et éditorialiste au Figaro et au Point était l’invité de Renaud Blanc dans la matinale de Radio Classique, ce mardi 29 mars. S’il appelle à respecter scrupuleusement les sanctions internationales, il préconise de ne pas couper tous les liens avec la Russie.

Vladimir Poutine a été pris par ses propres mensonges, selon Nicolas Baverez

Cette guerre en Ukraine a été une surprise à plus d’un titre, selon Nicolas Baverez : « tout le monde s’attendait à ce qu’une grande confrontation s’ouvre entre les Etats-Unis et la Chine autour de Taïwan. En réalité, elle s’est ouverte avec l’Ukraine en Europe ». Il compare 2022 avec les années 30, et « une course à la guerre que les démocraties ont volontairement refusé de voir ». L’historien pointe qu’avant l’invasion de l’Ukraine, « il y a eu la Géorgie, la Crimée, et les interventions russes en Syrie et en Libye, avec un discours qui annonçait le stade suivant ». Un aveuglement des occidentaux auquel s’ajoute aujourd’hui celui du président russe Vladimir Poutine, selon Nicolas Baverez. « Il pensait que l’opération militaire spéciale, comme il l’a appelée au début, serait réglée en 3 jours », observe-t-il, ajoutant que le maître du Kremlin a clairement sous-estimé la résistance des Ukrainiens. Il aurait même été « pris par ses propres mensonges », assure l’historien : « à force d’expliquer que l’Ukraine n’était pas un peuple, n’était pas une nation, qu’il n’y avait pas d’État, il a fini par y croire ». Or aujourd’hui, même les Ukrainiens russophones sont prêts à se battre pour défendre leur pays. Nicolas Baverez met également en balance le moral des troupes russes « complètement effondré », à l’inverse des combattants ukrainiens.

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La Commission européenne envisage un embargo sur le gaz russe

Cette invasion russe a en tous cas « réveillé les Européens », notamment au sujet de la politique allemande, poursuit l’éditorialiste du Figaro et du Point. « Les Allemands ont pratiqué vis-à-vis des Russes une politique d’apaisement », explique-t-il, ajoutant que les historiens jugeront sévèrement l’ère Merkel, une période « absolument calamiteuse de sortie du nucléaire pour se mettre complètement dans la main du gaz russe ». Nicolas Baverez accuse Berlin d’avoir « complètement sous-estimé Vladimir Poutine, d’avoir pratiqué un mercantilisme qui allait presque jusqu’au cynisme. C’est quelque chose qui aujourd’hui se paie très cher pour l’Allemagne, mais aussi pour l’Europe ». Également économiste, il appelle à ne pas rester dépendant du gaz russe, alors que la Commission européenne envisage un embargo. Et quid des entreprises françaises qui ont maintenu leurs activités en Russie ? S’il appelle à respecter strictement les sanctions internationales, Nicolas Baverez veut attirer l’attention sur les risques que pourraient représenter un boycott général de la Russie. Il évoque sans le nommer le chef d’orchestre Valery Gergiev, blacklisté en occident pour sa proximité avec Vladimir Poutine : « si on coupe tout contact avec la culture russe, l’économie russe et le peuple russe, il faut faire très attention. Couper tous les liens non seulement avec la Russie, mais avec les Russes, à long terme sera sûrement contre-productif ».

Béatrice Mouedine

 

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