Michel-Ange a façonné l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la Renaissance italienne et son David est universellement admiré. Mais le jour de son installation à Florence, un des dirigeants de la République a osé faire une remarque sur le physique de la statue. L’artiste a trouvé un moyen de se sortir de ce mauvais pas en douceur.
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Le David de Michel-Ange est achevé le 25 mars 1504. Il est dévoilé aux dirigeants de Florence, qui est alors une République régie par un grand conseil. Ils sont émerveillés par sa grâce, par sa force, par sa beauté. Ils admirent évidemment à la fois les traits juvéniles de David et sa force.
Galet sur l’épaule, il est là, qui scrute Goliath. Les appuis du corps s’inspirent de la statuaire grecque antique, dont Michel-Ange est un grand spécialiste. Si le corps a l’air détendu, les détails des veines saillantes sur la main montrent la palpitation avant le combat, l’émotion du personnage. On peut suivre les muscles saillants des épaules et du dos, et cette chevelure qui tombe en boucles épaisses.
Cristina Acidini Luchinat écrit dans son Michel-Ange sculpteur : « la pose du David est étudiée et décrite avec tant d’exactitude que l’on peut imaginer l’instant suivant : la main gauche lâche l’extrémité de la fronde, celle-ci glisse contre le dos, le bras droit se tend et la fait tournoyer en larges cercles jusqu’au moment où, lâchant un bout de la lanière repliée, la fronde s’ouvre et la pierre s’en va frapper Goliath au beau milieu du front ».
La nudité du David, un hommage de Michel-Ange à la statuaire antique
Le David est entièrement nu. Ce n’est pas fréquent à l’époque, c’est un hommage de Michel-Ange à la statuaire antique. Le récit biblique raconte que le roi Saül a prêté une armure à David. L’historien de l’art Bernard Berenson écrit que « celui qui, depuis la grande époque de la statuaire grecque, a été le premier à vraiment comprendre que le nu et le grand art figuratif n’étaient qu’une seule et même chose fut Michel-Ange. Avant lui, le nu n’avait été étudié qu’à des fins scientifiques et utilisé comme moyen d’appoint pour représenter la figure vêtue. Lui le reconnaît comme une valeur en soi et comme le but ultime de son art. »
Une commission, qui réunit notamment Léonard de Vinci, Sandro Botticelli et Filippino Lippi, doit décider de l’endroit où on va installer ce David. La statue sera exposée au meilleur endroit, devant l’entrée du palais de la Seigneurie, en plein air. Pendant le transfert de la statue, des jeunes vont bombarder le chef-d’œuvre à coup de pierre. C’est la première dégradation contre David. On les arrête, on essaie de comprendre leurs motivations, en vain.
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On installe David sur un socle de marbre blanc et rose. Michel-Ange fait le dernier polissage, il fait aussi dorer la fronde et la souche d’arbre au pied du géant. Et voici que le grand maître de la seigneurie, le gonfalonier Pier Soderini, celui qui dirige la République de Florence, sort du palais pour contempler l’œuvre. Il regarde, il fronce un peu les sourcils, il dit « le nez n’est-il pas un peu fort ? »

Michel-Ange est un diplomate dans l’âme : « Peut-être, en effet, Excellence », dit-il. Il va chercher un ciseau, il grimpe sur un escabeau, il fait semblant de retoucher la statue. Et pour mieux berner le gonfalonier, il laisse tomber un nuage de poussière qu’il avait pris dans sa main. Il redescend.
« Alors, Excellence, et maintenant? »
« Ah oui, là, je l’aime mieux ainsi. Vous lui avez donné vie. »
Franck Ferrand
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