Qui était vraiment Bourvil ? Ses 6 secrets les mieux gardés, de l’enfance modeste à sa maladie silencieuse, portrait intime d’André Raimbourg

JEAN-JACQUES LEVY/AP/SIPA

Tout le monde connaît le visage sympathique de Bourvil, mais connaissez-vous véritablement la vie d’André Raimbourg ? Sa disparition à 53 ans a choqué les Français, qui ont tant aimé le comédien et chanteur à la simplicité désarmante, non dénuée de poésie. « Chaque éclat de rire du spectateur me procure la même joie que pour un jeune homme sentimental, le baiser de l’être aimé », avait-il confié. 

1. Bourvil, un enfant de la campagne normande devenu orphelin

« Je suis né dans une ferme, en face d’une meule de foin. Il m’en est resté quelque chose », racontait Bourvil. André Robert Raimbourg naît le 27 juillet 1917 à Prétot-Vicquemare, dans la Seine-Inférieure (aujourd’hui Seine-Maritime). Deuxième enfant d’un couple de cultivateurs, il grandit dans le village de Bourville, dont il tirera son nom de scène. Son père meurt de la grippe espagnole quelques semaines après l’Armistice de 1918, alors qu’André n’a qu’un an. Sa mère Eugénie se remarie rapidement avec Joseph Ménard qui sera pour André et son frère René un véritable père. Toute sa vie, Bourvil gardera un grand attachement pour cet homme qui a su accepter les enfants d’Eugénie comme s’ils étaient les siens.

Malgré la rudesse de la vie dans la campagne normande des années 1920, André connaît une enfance heureuse au sein d’une famille recomposée de cinq enfants. Déjà, ce garçon gai pousse constamment la chansonnette et fait rire ses camarades par sa présence naturellement hilarante.

2. Bourvil, brillant élève, quitte pourtant l’école pour devenir garçon boulanger dans une bourgade

Après avoir obtenu son certificat d’études avec mention « très bien » en 1931, André entame des études pour devenir instituteur. Mais il supporte mal la discipline stricte du pensionnat de Doudeville et retourne dans sa famille deux ans plus tard. À 17 ans, il devient mitron dans une bourgade proche de Bourville. Tout en travaillant, il chante à la messe, anime les fêtes familiales et les kermesses, reprenant les chansons de Fernandel en faisant le pitre. Sa maîtrise du répertoire de son idole lui vaut le surnom de « Fernandel normand ». Il intègre la fanfare de Fontaine-le-Dun, où il joue de l’harmonica, de l’accordéon et du cornet à piston. C’est lors d’un bal de la fanfare qu’il rencontre Jeanne, son unique amour, qu’il épousera en 1943.

3. La rencontre décisive avec le compositeur de La Tactique du gendarme et des Crayons

En 1937, André s’engage volontairement pour le service militaire et devient cornettiste dans la fanfare du 24e régiment d’infanterie à Paris. Lors de son incorporation, il assiste à Rouen à un spectacle de celui qui est l’idole de sa vie, dont il chante toutes les chansons : Fernandel. Une expérience qu’il décrit comme « un souvenir inoubliable ». En 1938, ses camarades de chambrée le défient de participer au radio-crochet de Radio-Paris, Les Fiancés de Byrrh.

Sous le pseudonyme d’Andrel, il interprète la chanson Ignace et remporte le prix de 300 francs, qu’il utilise immédiatement pour s’acheter un accordéon. Pendant la guerre, alors qu’il sert comme brancardier, il rencontre un soldat ouvrier imprimeur, Étienne Lorin, qui deviendra son compositeur attitré et signera ses plus grands succès comme Les Crayons, La Tactique du gendarme ou À Joinville-le-Pont.

4. Bourvil : les débuts d’un artiste dont l’aspect répond au besoin de simplicité et de légèreté de l’après-guerre

Au sortir de la guerre, André Raimbourg refuse de redevenir mitron. À Paris, il enchaîne les petits métiers (plombier, garçon de courses) tout en suivant des cours de trompette au Conservatoire et en courant les radio-crochets et cabarets. On lui demande d’abandonner le pseudonyme « Andrel », trop proche de Fernandel.

Bourvil et Fernandel dans La Cuisine au beurre (1963) RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

 

Comme son cousin Lucien Raimbourg tente lui aussi de percer, André choisit le nom de son village natal : Bourville devient Bourvil. En 1945, la chanson Les Crayons, composée par Étienne Lorin, lance véritablement sa carrière. La même année, il apparaît dans La Ferme du pendu de Jean Dréville. Son visage reconnaissable, sa voix particulière et son personnage de benêt répondent parfaitement au besoin de simplicité et de légèreté de l’après-guerre.

5. De la comédie populaire au grand acteur dramatique

Bourvil touche à tous les genres : opérettes, théâtre, chansons (À Bicyclette, Salade de fruits, Le petit bal perdu) et surtout cinéma. Il joue aux côtés de son idole Fernandel, mais aussi avec Jean Poiret, Francis Blanche, Belmondo, Bardot, Brasseur, Morgan, Marais, Ventura et Delon.

Un tournant s’opère en 1956 avec La Traversée de Paris, où il révèle une facette plus sombre et grinçante de son talent, lui valant la Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise. Ses deux plus grands succès restent Le Corniaud (1965) et La Grande Vadrouille (1967), tous deux réalisés par Gérard Oury et joués aux côtés de Louis de Funès, avec qui il forme un duo légendaire.

6. La mort de Bourvil à 53 ans est un choc pour les Français, qui ignorent qu’il est atteint de la maladie de Kahler

Malgré son immense célébrité, Bourvil reste d’une simplicité désarmante. Il mène une vie sobre avec sa femme Jeanne et leurs deux fils, Dominique et Philippe, veillant personnellement à leur éducation malgré un agenda chargé. « J’ai une bonne santé, je fais un métier qui me plaît, j’ai deux enfants formidables, une femme qui est une mère extraordinaire. Que voulez-vous de plus ? », déclare-t-il.

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Tous ses collègues témoignent de sa bonté et de sa générosité authentiques. En 1970, alors qu’il doit tourner La Folie des grandeurs avec Louis de Funès, on lui diagnostique une maladie de Kahler. Il choisit de ne pas la rendre publique. Son dernier tournage, Le Mur de l’Atlantique en juin 1970, est rendu extrêmement difficile par son état de santé. Il meurt le 23 septembre 1970 à seulement 53 ans, provoquant un véritable choc dans toute la France. Il est enterré dans la plus grande simplicité au cimetière de Montainville.

Franck Ferrand

 

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