Neveu d’empereur et petit-fils d’impératrice, Louis-Napoléon Bonaparte – futur Napoléon III – est encore enfant lorsque s’effondre l’Empire. Sa jeunesse sera tributaire des vicissitudes de la vie en exil de sa mère, la reine Hortense.
1 – Napoléon III : une naissance difficile entourée de rumeurs et une reconnaissance paternelle tardive
Louis-Napoléon Bonaparte voit le jour dans des circonstances pour le moins surprenantes. Hortense de Beauharnais, reine de Hollande et belle-fille de Napoléon, ressent les premières contractions vers 10 heures du soir, en pleine fête dans un hôtel particulier parisien, alors que des danseurs de corde accompagnés de singes évoluent au-dessus des invités.
L’accouchement est difficile et Hortense frôle la mort. Le nouveau-né, si faible qu’on le croit mourant, doit être réchauffé dans des serviettes chaudes. Une dame d’honneur lui souffle dans la bouche, le baigne dans du vin et l’enveloppe de coton. Après quelques heures, le bébé semble vouloir vivre.
Aussitôt, la rumeur court dans Paris : Louis Bonaparte, resté à Amsterdam et prétextant des soucis de santé, ne serait pas le père biologique. La précocité de la naissance, survenue alors qu’Hortense et Louis ne se trouvaient pas ensemble au moment de la conception supposée, alimente les doutes. Louis ne rencontrera d’ailleurs son fils qu’en novembre 1809, lorsque l’enfant aura 1 an et demi. Il finira par le reconnaître, voyant une ressemblance physique, notamment une bosse caractéristique sur le haut du nez.
2 – Napoléon III, timide et émotif, se rêve vendeur de fleurs
Le jeune Louis-Napoléon se révèle être un enfant particulier, constamment en quête d’attention, mais également timide et très émotif. Une anecdote révèle sa personnalité singulière : un jour, Hortense demande à ses fils ce qu’ils feraient s’ils ne possédaient rien au monde pour gagner leur vie. Le frère aîné répond fièrement : « Je me ferai soldat. » Louis-Napoléon, lui, déclare : « Je vendrai des bouquets de violettes comme le petit garçon qui est à la porte des Tuileries. » Une réponse bien peu martiale qui fait tache dans la famille impériale.
L’enfant est très proche de sa grand-mère Joséphine, divorcée de Napoléon, qui a désormais beaucoup de temps à consacrer à ses petits-enfants et vient souvent dans son domaine de la Malmaison depuis son château de Navarre.
3 – La chute de l’Empire entraîne des années d’exil pour le futur Napoléon III
La chute de l’Empire bouleverse l’existence du jeune garçon. En avril 1814, à 6 ans, il ne saisit pas encore la catastrophe qui se prépare. Après l’abdication de Napoléon, Hortense et ses fils quittent Paris, errent de château en château avant de revenir à la Malmaison. C’est là qu’Hortense tente d’expliquer la situation : « Mes enfants, vous n’êtes plus rien. Plus de royauté, de principauté, plus de duché, vous en vaudrez peut-être mieux, mais il faudra pour cela être bien obéissant et bien travailler. »
Hortense négocie habilement sa reconversion avec le nouveau régime. Le Tsar Alexandre Ier voue une dévotion à Joséphine et se rend plusieurs fois à la Malmaison. Louis XVIII accorde à Hortense le titre de duchesse de Saint-Leu avec un apanage de 400 000 francs.

Mais le retour de Napoléon de l’île d’Elbe le 5 mars 1815 change tout. Hortense retourne auprès de l’Empereur et joue le rôle de maîtresse de maison aux Tuileries puis à l’Élysée. C’est lors des Cent-Jours que Louis-Napoléon, âgé de 7 ans, prend nettement conscience que sa destinée n’est pas celle du commun. Napoléon aurait dit de lui qu’il était « l’espoir de sa race » et l’aurait porté un jour à la fenêtre des Tuileries pour lui montrer la parade de ses troupes au Carrousel.
Après Waterloo, la monarchie restaurée ne pardonne pas à Hortense. Elle prend le chemin de l’exil vers la Suisse alémanique. En route, un envoyé de Louis Bonaparte vient se saisir du frère aîné de Louis-Napoléon pour l’éduquer à Rome. Les adieux entre les deux frères sont déchirants. Louis-Napoléon contracte la jaunisse et d’autres maladies qui l’affaiblissent dans ce moment terrible. En 1816, une loi interdit à tout Bonaparte de revenir en France, sous peine de mort.
4 – Hortense, la mère de Napoléon III, fréquente en exil Chateaubriand et Alexandre Dumas
En 1817, la situation s’améliore. Hortense hérite de sa mère et achète le château d’Arenenberg, sur la rive suisse du lac de Constance. La famille y passe les beaux mois de l’année et rejoint en hiver Eugène, le frère d’Hortense, à Augsbourg.
En 1820, Louis-Napoléon, âgé de 12 ans, se voit attribuer un précepteur, Philippe Le Bas, qui instaure une discipline stricte : lever à 6h30, coucher à 9h, une heure pour les repas, deux pour les récréations, le reste consacré au travail, avec une nourriture saine et frugale. De 1820 à 1823, il est inscrit au Gymnasium d’Augsbourg. Le directeur du lycée écrit : « J’ai trouvé avec le plus vif plaisir, en ce noble jeune homme qui donne à tous égards les meilleures espérances, de nombreux signes de rare sensibilité et d’un esprit enthousiaste pour tout ce qui est bon et vrai »
Pendant ce temps, Hortense reçoit de prestigieux visiteurs français à Arenenberg, dont Chateaubriand et Alexandre Dumas. Le bonapartisme pourrait triompher un jour et l’Empire se rétablir en France. Dans ce cas, il faudrait être prêt.
5 – Napoléon III est élevé dans le culte de Napoléon
Chaque été, Louis-Napoléon se dirige vers l’Italie pour de longs séjours. À Rome, les Bonaparte entretiennent le culte de Napoléon. Louis-Napoléon retrouve son frère, élevé par leur père Louis, et les jeunes gens commencent à parler politique et à imaginer leur rôle dans l’Europe cadenassée par le Congrès de Vienne. Leurs premiers rêves d’action se tournent vers l’Italie souffrante, sous les jougs combinés du pape, des vieilles principautés et de l’Autriche.
En 1823, la publication du Mémorial de Sainte-Hélène de Las Cases marque un tournant. La légende napoléonienne s’accroît, ainsi que le principe de souveraineté populaire et le principe des nationalités. Ces idées passionnent le jeune Louis-Napoléon. Hortense joue un rôle important dans son éveil politique, lui racontant d’où il vient et qui il est.
En 1830, la révolution de Juillet chasse Charles X du pouvoir. Sur les barricades, certains crient le nom de Napoléon II. Les Bonaparte pensent le moment venu, mais Louis-Philippe accède au pouvoir. Au même moment, Louis-Napoléon, âgé de 22 ans, effectue son service militaire dans l’artillerie suisse.
En novembre 1830, à la mort du Pape Pie VIII, les deux frères lèvent des partisans pour tenter de prendre des points stratégiques à Rome et faire éclater la révolte contre les États pontificaux. Trahis et expulsés de la Ville Éternelle, ils poursuivent leur engagement ailleurs, tentant de soulever Modène, Bologne et Parme. Le grand frère meurt le 19 mars 1831. Pour Louis-Napoléon, c’est un choc terrible. À partir de là, ce n’est plus seulement une question de conscience politique, mais d’action politique.
6 – La mort de Napoléon II le pousse vers le trône impérial
Hortense, inquiète pour son dernier fils, le prend à ses côtés et entreprend un grand voyage en France en se faisant passer pour une aristocrate anglaise. Louis-Napoléon l’accompagne déguisé en valet. Louis-Philippe, qui sait très bien de qui il s’agit, les reçoit mais finit par leur demander de quitter le royaume. Hortense et Louis-Napoléon arrivent alors à Londres.
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C’est là que Louis-Napoléon apprend la mort à Vienne de celui qui était Napoléon II, fils de Napoléon et de sa seconde épouse Marie-Louise d’Autriche, que plus tard Edmond Rostand surnommera l’Aiglon. À partir de ce moment, si l’on observe l’arbre généalogique de la famille Bonaparte, le prétendant au trône impérial, c’est lui, c’est Louis-Napoléon. Il a été formé, forgé pour ce rôle. On lui a fait prendre très tôt conscience de ce qu’il serait un jour. Un prince est né et bientôt, un empereur.
Franck Ferrand
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