Dans l’enfer khmer rouge : comment le réalisateur franco-cambodgien Rithy Panh a survécu à l’extermination

LAURENT VU/HAEDRICH JEAN-MARC/SIPA

Réalisateur franco-cambodgien, Rithy Panh porte en lui les cicatrices d’un passé qu’aucune œuvre ne pourra effacer. Dans « L’Élimination », publié aux éditions Grasset, en 2011, il revient sur son histoire, entremêlant souvenirs personnels et un face-à-face glaçant avec Duch, l’un des bourreaux du régime khmer rouge.

Lorsque Pol Pot, de son vrai nom Saloth Sâr, prend le pouvoir dans les années 1970, il instaure au Cambodge un régime totalitaire, rêvant d’une société communiste uniforme. Issu d’une famille aisée et intellectuelle, Rithy Panh devient, aux yeux du régime, un « oppresseur » à rééduquer. Les Khmers rouges ne font pas de distinction d’âge : ses neveux, âgés de 3, 5 et 7 ans, subissent le même sort. Pendant que des adolescents de 15 ans tiennent les armes, 40 % de la population bourgeoise est déportée vers les campagnes. Uniformes noirs obligatoires, cheveux coupés identiquement, noms changés : tout est pensé pour déraciner, briser les familles, anéantir les traditions et effacer l’individu.

Le père de Rithy Panh, ministre de l’Éducation, croit pouvoir trouver sa place dans le nouvel ordre et refuse de fuir vers la Thaïlande. Une illusion vite brisée. Son beau-frère chirurgien, resté à Phnom Penh pour soigner les blessés, est exécuté. Sa femme, sœur de Rithy et archéologue, subit le même sort. La famille est dispersée : deux sœurs dans un groupe de jeunes, les parents et enfants placés chez des paysans.

Sa vocation de cinéaste surgit au cœur du deuil

Commence alors un retour brutal à une vie de labeur harassant dans les rizières, sous le contrôle idéologique permanent des Khmers rouges. La famine rôde, au point où certains mangent des serpents pour survivre. A cela s’ajoutent des massacres : Rithy voit des cadavres, mutilés, flotter sur le fleuve Bassac. Un coup de pioche malheureux lui infecte le pied. Seule la débrouillardise de sa mère, fille de paysans, lui sauve la vie avec un peu de pénicilline.

Mais l’horreur ne s’arrête pas aux privations. Rithy assiste, impuissant, à la lente déchéance de son père, enterré à la va-vite dans une rizière, sans obsèques. Le soir, avec les membres de la famille encore vivants, ils s’inventent une cérémonie imaginaire. Un « film » mental qui, sans doute, amorce la vocation du futur cinéaste. Peu à peu, tous disparaissent : sœurs, neveux, nièces… jusqu’à sa mère, pourtant l’une des plus fortes.

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Il devient alors fossoyeur dans un hôpital, creusant des tombes pour d’autres. Puis, l’armée vietnamienne pénètre au Cambodge. Rithy Panh voit une porte de sortie : fuir vers la Thaïlande avec sa dernière sœur en vie. Mais le pays est saturé de réfugiés. Finalement, en 1979, il parvient à rejoindre la France et s’installe à Grenoble. Là, lentement, il se reconstruit et choisit de témoigner, film après film, pour que jamais ne s’efface la mémoire des siens et des millions de victimes.

 

Franck Ferrand raconte le génocide des Khmers rouges vu à travers le regard de Rithy Panh :

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