Tap To pay : Apple transforme l’iPhone en terminal de paiement dans les commerces

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Apple s’immisce encore un peu plus dans notre quotidien. L’entreprise va proposer aux commerçants d’utiliser l’iPhone comme terminal de paiement.

Apple a développé son propre système publicitaire qui ne manque pas de cibler les préférences des utilisateurs

Imaginez-vous faire vos courses comme chaque mercredi matin, une salade, de la moutarde, et une douzaine d’œufs. Vous passez à la caisse et vous sortez votre portefeuille mais là, pas de machine à carte bleue. Le commerçant vous tend son téléphone. Comme vous êtes à la pointe de la technologie, vous comprenez qu’il n’est pas en train de vous proposer de faire un selfie mais bien de payer ce que vous lui devez. Vous approchez votre carte bleue ou même d’ailleurs votre propre téléphone avant de repartir avec vos commissions. L’iPhone de votre épicier fait donc office de tiroir-caisse. Cela existait déjà chez Samsung. Mais là comme souvent, le fait qu’Apple décide de s’y mettre, va sans doute donner le signal d’un changement d’usage. Cela a toutes les chances de devenir la norme dans quelques années.

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Pour l’instant, c’est aux Etats-Unis que cela sera mis en place. On peut se demander si Apple ne va pas, par ce biais, récolter encore plus d’informations sur les consommateurs que nous sommes. On a longtemps dit que la grande distribution était assise sur une mine d’or avec les données contenues dans les cartes de fidélité sur nos habitudes d’achat. Eh bien là, si Apple a accès à nos tickets de caisse, l’entreprise pourra mieux nous cibler et nous envoyer de la pub. Car on l’a moins en tête que pour Google, mais tout en s’affichant comme vertueux et plus respectueux de la vie privée des internautes que ses camarades des GAFA (on se souvient d’ailleurs du plongeon en bourse de Facebook de 26% il y a quelques jours, à cause des restrictions mises par Apple), Apple a développé son propre système publicitaire qui ne manque pas de cibler lui aussi, les préférences des utilisateurs.

Après la musique, les séries et les jeux vidéo, quel est le prochain secteur ciblé par Apple ?

Avec la force de frappe d’Apple, c’est une sacrée menace pour les acteurs traditionnels du paiement. D’ailleurs le directeur général délégué de BNP Paribas, Thierry Laborde, invité de Radio Classique, reconnaissait qu’Apple était à la fois un partenaire et un concurrent. C’est vrai pour les banques, c’est vrai aussi pour les grands acteurs que sont Visa et Mastercard et puis pour tous ces acteurs plus ou moins jeunes qui sont installés sur ce créneau du paiement : le Français Ingenico devenu Worldline mais aussi des start-up comme Zettle ou SumUp. Les frontières bougent, la notion de banque avec son agrément bancaire évolue. Des simples opérateurs de services financiers remplissent peu à peu de plus en plus des fonctions d’une banque : abriter votre argent, vous faire crédit, vous offrir des moyens de paiements sécurisés, vous conseiller. Apple est donc partenaire puis concurrent dans la banque comme il l’a été dans la musique et les séries télévisées. Spotify autrefois partenaire, a vu la création et le développement fulgurant d’Apple Music. Idem pour Netflix avec AppleTV+. Et c’est la même chose plus récemment avec la plateforme de jeux vidéo Apple Arcade. Quelle sera la prochaine étape, le prochain secteur ?

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On peut penser par exemple à l’automobile. Aujourd’hui avec son système Car Play, Apple transforme déjà les tableaux de bord de millions de voitures, de toutes marques en écran-bis de votre iPhone avec vos contacts, les appels, les applis de GPS. Là aussi on se dira peut-être dans quelques années, si des voitures Apple roulent sur nos routes, que les constructeurs avaient fait entrer le loup dans la bergerie ou une sorte de cheval de Troie en intégrant le système Car Play, permettant au géant californien de tout connaître du comportement des automobilistes et de leur usage de la voiture. Avec ce genre d’innovation, Apple devient encore plus un opérateur systémique, un « gate keeper » c’est-à-dire un portier ou un gardien qui peut entrer ou non sur un marché, d’où la nécessité d’une régulation comme l’Union européenne est en train de la bâtir avec son DMA. Le Digital Markets Act, permettrait d’aller jusqu’à démanteler une entreprise en cas d’abus de position dominante. Cette menace est vraiment le bouton nucléaire mais jusqu’ici ça n’a pas fait trembler Apple.

François Geffrier 

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