Danone : Antoine de Saint-Affrique, de stagiaire à PDG du groupe

Danone / Wikimedia commons

Antoine de Saint-Affrique, le nouveau patron de Danone, prend pour la première fois la parole dans Les Echos ce matin. Le successeur du charismatique Emmanuel Faber poussé vers la sortie par notre champion du yaourt il y a un an, est presque un inconnu en France. Mais il est connu de l’agroalimentaire.

Antoine de Saint-Affrique a commencé comme stagiaire chez Danone

Antoine de Saint-Affrique n’a pas encore 60 ans, il est passé par l’Essec et Harvard, il a fait toute sa carrière dans cette industrie et il a parcouru le monde en travaillant sur tous les continents. Il avait commencé comme stagiaire chez Danone et juste avant d’en prendre les commandes, il dirigeait Barry Callebaut, un groupe suisse qui est le numéro un européen du chocolat. C’est un spécialiste du marketing, qui aime les produits et qui, même s’il s’exprime aujourd’hui dans Les Echos, préfère plutôt faire que dire. C’est un peu son prédécesseur dans un miroir inversé.

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Il aime le terrain. Depuis six mois, il a parcouru le monde. Et il explique dans l’interview accordée aux Echos que lorsqu’il va dans un pays, il ne se contente pas de voir le patron local et d’une présentation qui montre que tout va bien. Il veut voir ceux qui sont en première ligne, qu’on lui parle des problèmes, car c’est ça qu’il faut améliorer. En fait c’est un pragmatique. Il se donne pour mission de retourner tous les trimestres dans toutes les grandes régions pour prendre le pouls de l’entreprise. Et puis un peu comme Carlos Tavares quand il est arrivé chez Peugeot, il dit qu’il faut lancer un peu moins de produits, se concentrer sur les innovations qui ont vraiment une chance.

 

Danone reste un groupe bien plus petit que Nestlé

Selon Antoine de Saint-Affrique, il faut amplifier quelques succès potentiellement gigantesques, plutôt que de multiplier des réussites moyennes. Enfin de son service militaire dans la marine pendant la guerre Iran-Irak, il a retenu une leçon. Il était tout jeune et encadrait de vieux marin aguerris et il a compris que pour s’en sortir quand la mer tangue, il faut savoir faire confiance et déléguer, tout en travaillant en équipe. Est-ce que sa recette peut marcher chez Danone ? La première chose c’est que cela risque de prendre un peu de temps. L’innovation et le succès des produits, ça ne se décrète pas. Deuxièmement, le moment n’est pas très porteur car on est dans un contexte inflationniste qui va rendre le consommateur plus prudent, les distributeurs plus durs et les innovations souvent premium moins faciles à lancer.

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Enfin, Danone reste un groupe bien plus petit qu’un Nestlé et avec finalement pas mal d’activités dans l’eau, les yaourts, les laits et produits végétaux, la nutrition infantile… Est-ce que le groupe peut se battre sur autant de fronts avec des activités en forte croissance et d’autres beaucoup moins rentables ? Pour l’instant Antoine de Saint-Affrique refuse d’envisager un changement de périmètre, mais si l’agilité et le dynamisme, qui sont ces nouvelles priorités, ne sont pas au rendez-vous il faudra peut-être trancher dans le vif. Chez Barry Callebaut, sa précédente entreprise, il a réussi à doubler la capitalisation boursière en 5-6 ans. S’il veut réussir la même chose chez Danone, il faudra peut-être être un peu plus radical.

David Barroux

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