Federico Fellini se rêvait écrivain ou dessinateur, il sera un metteur en scène à la carrière exceptionnelle. Son film La Dolce Vita, aussi mythique aujourd’hui que décrié à sa sortie, a failli entraîner son excommunication par le Vatican.
Après le succès de La strada, avec son épouse Giulietta Massina, il souhaite, pour sa nouvelle réalisation, tourner le dos aux décors naturels. Ce qu’il recherche, c’est la création pure, une esthétique qui lui appartienne en propre — et donc, le studio. Il reprend un ancien scénario qu’il avait initialement conçu comme une suite aux Vitelloni, sous la forme d’un film à sketches. « Il faut créer une sculpture à la Picasso, la casser en morceaux et la recomposer selon notre caprice », dit-il. Ce film, c’est bien sûr La Dolce Vita.
Le tournage se déroule en partie sur le plateau 5 des studios de la Cinecittà, à Rome. Il est laborieux : une brouille éclate entre Fellini et son producteur à propos du premier rôle. La production voulait une star — Paul Newman ou Gérard Philipe —, mais Fellini va imposer un comédien alors inconnu, découvert au théâtre, devenu un ami : Marcello Mastroianni.
C’est lui qui campe ce journaliste de la presse à scandale en pleine crise existentielle, se baladant dans Rome à la recherche de scoops, croisant une bourgeoise désœuvrée incarnée par Anouk Aimée, et une actrice internationale jouée par la Suédoise Anita Ekberg.
La Dolce Vita et la naissance d’une scène culte du cinéma, à Rome dans la fontaine de Trevi
Naît alors l’une des scènes les plus mythiques de l’histoire du cinéma : Ekberg et Mastroianni dans la fontaine de Trevi, sur le point de s’embrasser. Le tournage n’a pas été simple. Habituée à l’eau froide de par ses origines scandinaves, Anita Ekberg y évoluait sans difficulté. Mastroianni, lui, enfilait une combinaison de plongée sous ses vêtements et avalait, dit-on, une bouteille de vodka à chaque prise — pour se protéger du froid.
La Dolce Vita est projeté pour la première fois à Milan, début 1960. Une partie du public quitte la salle, choquée par une scène d’orgie et par des images inhabituelles pour le cinéma de l’époque. Fellini reçoit un crachat, Mastroianni est bousculé. Le film est menacé de censure. Le Parlement italien se réunit pour débattre de sa valeur morale, et la majorité catholique se dresse vent debout contre une œuvre jugée obscène. Le Vatican songe même, dit-on, à excommunier Fellini.
La Dolce Vita reçoit un triomphe total, avec 13 millions d’entrées en Italie
Le scandale est tel qu’au moment de présenter le film au Festival de Cannes 1960, les bobines doivent être placées dans un coffre fermé à clé à l’ambassade de France à Rome — de crainte que des manifestants ne viennent s’en emparer. Rien de tout cela n’empêchera le film de décrocher la Palme d’or. Le triomphe est total, notamment en Italie où le film réalise 13 millions d’entrées. La Dolce Vita s’impose alors comme la référence absolue de ce que la presse appellera le « baroque fellinien » — une esthétique et une conception du cinéma pleinement assumées.
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À noter, en marge du film : c’est depuis La Dolce Vita que le mot « paparazzi » est entré dans le langage courant. Le jeune photographe qui accompagne le personnage de Mastroianni s’appelle en effet Paparazzo — et c’est ce nom qui a donné naissance au terme désignant depuis lors ce métier douteux.
Franck Ferrand
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