La Beethoven-Haus de Bonn, ville natale de l’illustre compositeur allemand, vient d’acquérir une de ses partitions d’un quatuor à cordes. Ce document rare appartenait à une famille juive tchèque victime d’une spoliation par les nazis à la fin des années 30.
Ce mardi était organisée au sein de la Beethoven-Haus, le musée situé sur l’emplacement de la maison natale de Ludwig van Beethoven à Bonn, une cérémonie pour la présentation au public, à la presse et aux autorités locales de la partition originale autographe d’une partie d’une œuvre du compositeur allemand, créée il y a 200 ans sur commande du prince russe Nicolas Galitzine.
Ce manuscrit autographe d’un mouvement complet (le 4e) du Quatuor à cordes en si majeur opus 130 (Streichquartett opus 130 IV. Satz), composé entre 1825 et 1826, qui a été joué à l’issue de la cérémonie, a été vendu au musée par les descendants d’une riche famille juive tchèque spoliée par l’administration nazie au début de la seconde guerre mondiale.
Un expert du musée de Brno avait menti aux nazis afin de pouvoir conserver le document
Peu de temps avant sa mort, Ludwig van Beethoven avait cédé ce document à son secrétaire, le violoniste Karl Holz. Au moins deux autres propriétaires privés ont possédé le manuscrit avant que la famille Petschek, une des plus riches de Tchécoslovaquie, l’acquiert au début des années 20. Mais au début de la seconde guerre mondiale, les nazis ont confisqué la plupart des biens et objets de valeur des Petschek qui avaient émigré aux Etats-Unis.
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À l’époque, consulté par les autorités allemandes, un expert du musée morave de Brno leur avait sciemment menti, affirmant que le document en question n’avait aucune valeur, ce qui a permis à la partition d’être conservée au sein du musée pendant… 80 ans.
En effet, une fois la guerre terminée, Franz Petschek s’est démené pour obtenir la restitution de son manuscrit auprès des autorités communistes mais en vain et il a fallu attendre 2022 et le vote d’une loi en République Tchèque sur la restitution des biens spoliés pour que ses héritiers puissent enfin récupérer le fameux document.
Et c’est fin 2024 que les descendants Petschek ont accepté de le vendre à la Beethoven-Haus afin qu’il soit « à nouveau accessible en permanence au public et à la recherche ». Désormais entreposée dans des conditions de conservation optimales, la partition sera numérisée et bientôt accessible en ligne pour le grand public. De juin à août 2025, le document original fera l’objet d’une exposition particulière à Bonn.
Philippe Gault
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