En deux plages les deux premières tout semble dit et résumé : Sandrine Piau endosse le costume de la Barberine qu’elle fut (ou aurait pu être) hier à la scène, et une minute trente plus tard, passe sans frémir aux écarts de " Non mi dir ", comme si elle connaissait intimement Donna Anna ; la soubrette, à qui Mozart a réservé son joyau mélodique (mais si court que nos sopranos le boudent en récital, quel dommage !), tout comme la prima donna, notre soprano les aborde avec le même naturel, le même soin technique, la même conduite soyeuse de la ligne : la lumière du timbre et la ferveur dans l’accent font mouche. Tout l’attirail mozartien est là pour peindre l’humanité de ces grandes tragiques (Sandrina, Giunia), dont les blessures semblent pansées par le lait du timbre, sitôt les failles révélées. " Comme toute chanteuse dite ‘baroque’, explique Sandrine Piau, je me méfie des traditions et j’aime l’idée que derrière les cris de souffrance affleure une douceur préservée, rédemptrice. " Pari gagné.
Treize ans après son premier programme (Naïve), où la voix, entourée du Freiburger Barockorchester, conservait encore des verdeurs, elle dévoile ici un fruit plus mûr, un instrument mieux dosé ; quelque chose d’une Barbara Bonney française. Certes la voix reste mince, mais sans rien perdre de sa pureté ni de sa justesse, elle fend l’armure baroqueuse avec une rare sensibilité. Sa Susanne manquerait sûrement d’assise et de grave à la scène, mais derrière le micro elle rayonne de tendresse, tout comme Ilia, déchirante dans " Se il Padre Perdei ". On regrettera alors que ce beau voyage, fluide et sans histoire, sous l’autorité d’un Mozarteum équilibré, s’arrête après quarante-huit bien courtes minutes.
UN RÉCITAL MOZART INESPÉRÉ
Radio Classique
La soprano Sandrine Piau nous revient dans un nouvel album consacré à Mozart, sublime d'intelligence vocale, de simplicité, de pureté et de maturité.