UN FRANCK ENGAGÉ, UN YSAŸE INTÉRIORISÉ

La violoncelliste Camille Thomas et le pianiste Julien Libeer livrent un récital exemplaire.

Le " grand " public a découvert Camille Thomas lorsqu’elle fut nommée Révélation Soliste intrumental de l’année 2014 aux Victoires de la Musique – la même année, elle remportait également le 1er prixdu Concours de l’Union européenne de radio diffusion. De fait, cette jeune violoncelliste franco-belge retient immédiatement l’attention par la sonorité bouleversante qu’elle tire de son Ferdinand Gagliano. Avec le pianiste belge Julien Libeer, elle a organisé, sous le titre proustien de" Réminiscences ", un programme original mêlant des succès éternels du violoncelle, comme l’Élégie, la Sicilienne de Pelléas et Mélisande, Après un rêve et Les Berceaux de Fauré, Le Cygne de Saint-Saëns, que l’on a toujours plaisir à réentendre surtout avec un tel son, mais aussi des pages plus rares du compositeur telles que la Sérénade de la Suite opus 16, et les transcriptions de L’Invitation au voyage de Duparc. Les deux gros morceaux du disque sont toutefois la transcription de la Sonate pour violoncelle et piano de Franck et la Sonate opus 28 d’Ysaÿe, très rarement enregistrée et infiniment moins célèbre que ses Sonates pour violon. Chez Franck, Camille Thomas et Julien Libeer imposent une lecture très dense, très engagée, pathétique – mais sans excès – et très bien construite, couronnée par un finale rayonnant et grandiose. Notons d’ailleurs les grandes qualités du pianiste qui sait doser parfaitement l’équilibre entre les deux instruments, plus délicat que dans la version originale, et qui soigne particulièrement la qualité du son. Chez Ysaÿe, Camille Thomas sait dépasser le pur plaisir sonore pour délivrer une lecture grave et intériorisée, qui donne envie de l’entendre dans les Suites de Bach – ou de Britten. Et bravo à l’éditeur pour la belle qualité de l’objet et du livret !