Après le « vieil or » de la Staatskapelle de Dresde, le velours du Philharmonique de Vienne célèbre la musique du « ménestrel de Dieu ».
Anton Bruckner se révèle moins un romantique qu’un musicien de la foi. « Mystique gothique égaré par erreur au XIXe siècle », selon la formule du chef Wilhelm Furtwängler. Son apparente naïveté et sa gaucherie « campagnarde », moquées par la bourgeoisie viennoise, cachent un perfectionniste. Comme Beethoven ou Schubert, il composera neuf symphonies (onze, si on compte les Symphonies d’études), la dernière demeurant inachevée. Cultivateur de la grande forme, Bruckner élabore ses symphonies à partir du principe structurel d’une cellule mère, laquelle féconde les différents mouvements et triomphe en conclusion. De là leur cohérence organique et leur dimension anagogique uniques dans le répertoire symphonique.
On mesure l’osmose toujours plus accomplie entre le chef berlinois et les musiciens du Wiener
Enregistrée entre 2010 et 2019, cette intégrale des onze symphonies de Bruckner avec le Philharmonique de Vienne prend fin au seuil de 2024, année du bicentenaire de la naissance du compositeur. Christian Thielemann entre à cette occasion dans le cercle très fermé des chefs ayant gravé deux fois ce monumental corpus. Il vient en effet d’achever, en 2021, une captation vidéo des neuf symphonies avec « sa » Staatskapelle de Dresde.
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A l’écoute de cette somme, on mesure l’osmose toujours plus accomplie entre le chef berlinois et les musiciens du Wiener. Elle donne à son interprétation, d’une clarté architecturale parfaite, une émotion à la hauteur de l’ampleur de sa vision. La version dresdoise parait en comparaison plus monolithique. Utilisant les partitions les plus classiques des symphonies, Thielemann adopte généralement des tempos modérés – sans pour autant rivaliser avec les lenteurs légendaires de Celibidache -, mais en maintenant une concentration de tous les instants. Ad astra per aspera.
Jérémie Bigorie
Anton Bruckner : Complete Symphonies Edition. Orchestre philharmonique de Vienne, dir. Christian Thielemann (coffret 11 CD Sony)
Décernés chaque semaine, les Trophées Radio Classique priment un nouvel album, mis à l’honneur notamment dans l’émission « Tous Classiques » de Christian Morin.