Musique classique : Le métier de facteur d’orgues peine à susciter les vocations

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Un travail assuré, une technique séculaire et des missions dans le monde entier : les facteurs d’orgues sont des experts recherchés, mais en Alsace, la seule école de France qui les forme peine à attirer les vocations.

L’Alsace est une terre d’orgues, avec à elle seule 1.250 instruments sur les quelque 8.000 répertoriés dans l’Hexagone. Avec son importante communauté protestante, la région compte nombre de villages possédant une église catholique et un temple protestant, soit mathématiquement deux fois plus d’orgues.

Depuis 1985, l’Alsace dispose aussi de la seule école nationale de formation de facteurs d’orgues, pour répondre aux besoins de main d’œuvre de la centaine d’entreprises du secteur en France. En Europe, seules l’Allemagne et la Suisse possèdent des formations similaires.

Le métier de facteur d’orgues existe depuis le IIIe siècle avant JC

Malheureusement, les effectifs ont fondu depuis les débuts de l’école, fondée en 1985, notamment en raison de la perte de la pratique religieuse: « L’orgue, c’est l’église et l’église c’est religieux : les gens n’y vont plus. On a bien quelques salles de concert avec des orgues, mais pas assez pour que ce soit un instrument culturel et pas cultuel », note Michaël Walther, responsable du pôle facture d’orgue au centre de formation.

« Le métier de facteur d’orgues existe depuis le IIIe siècle avant JC », rappelle-t-il Mais il souffre de méconnaissance: « Les jeunes ne connaissent pas le métier. Beaucoup d’adultes me disent : C’est un métier que j’aurais aimé faire, mais c’est trop tard ». En attendant, faute de main d’œuvre, les entreprises peinent à répondre à la demande de leurs clients.

« C’est assez magique ce qu’on fait »

Témoin des possibilités de carrière internationale : Didier Grassin, actuel président de l’ISO (International society of organbuilders). Ce natif de Poitiers a travaillé au Royaume-Uni, au Canada et aux Etats-Unis, où il dirige l’entreprise Noack Organ, dans le Massachusetts. « On ne va pas chercher nos pièces en Chine ou sous-traiter au Guatemala : le gars qui travaille, il voit son produit fini », relève-t-il.

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Malgré le manque de main d’œuvre, les salaires du secteur restent faibles. Mais pour David Bleuset, employé de l’entreprise Muhleisen, un des plus grands facteurs d’orgues de l’Hexagone qui jouxte l’école, c’est la passion qui compte. « Si on a des idées de salaire élevé, il ne faut pas faire ce métier. C’est assez magique ce qu’on fait ».

Philippe Gault (avec AFP)

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