Le jeune chef espagnol avait abordé avec brio l’œuvre orchestrale de Mendelssohn, proposant une lecture personnelle et tumultueuse de la symphonie-cantate " Lobgesang " à la tête de l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise (CHOC, lire Classica n°161). Il en poursuit la visite avec le même bonheur en compagnie du Freiburger Barockorchester et de ses instruments d’époque. Son interprétation particulièrement animée, à la fois exubérante et intimiste, des deux plus célèbres symphonies du compositeur, s’inscrit dans la lignée des réussites de Gardiner (Archiv) ou de Holliger (MDG). D’emblée, nous sommes emportés par un tourbillon sonore qu’entretient par une prise de son spectaculaire. En témoignent singulièrement l’Allegro un poco agitato et le finale de la Symphonie n° 3, d’une énergie étourdissante. Dans les mouvements lents, Heras-Casado évite tout effet superflu, laisse respirer librement chaque mélodie et met en lumière chaque couleur de la partition. Certes, ce souci du détail donne parfois le sentiment d’une relative parcellisation sonore, mais ce sentiment fugitif est vite balayé par la poésie et le raffinement des timbres. La même théâtralité s’empare des mouvements vifs de la Symphonie " Italienne " dont la vélocité exalte le climat de gaieté. Dans le Saltarello final, électrisé par des cordes survoltées, le chef ne perd pas le contrôle de la situation, conciliant rythmique infernale de danse et détails minutieux dans la gestion de la dynamique et des couleurs. De couleurs, il est également question dans l’Andante con moto serein et élégant, certes dépourvu des ombres instillées par Szell (Sony) ou de la tension insufflée par Karajan (DG), mais tellement poétique, à l’instar du chatoyant Scherzo. Bref, ces interprétations jubilatoires se situent au sommet d’une discographie pourtant pléthorique aux côtés de Gardiner, Szell et Holliger.
MENDELSSOHN SOUS HAUTE TENSION
Radio Classique
Pablo Heras-Casado électrise les deux célèbres symphonies du compositeur du Songe d’une nuit d’été