Mémoire de Valentin Berlinsky

Les icônes sont éternelles.

Voici un livre animé d’une telle passion qu’il vous réconcilie avec la musique, pour qui douterait qu’elle ait encore un sens aujourd’hui. On connaît la formule selon laquelle le Quatuor Borodine était au quatuor à cordes ce que Richter était au piano, Oïstrakh au violon, Rostropovitch au violoncelle… Mais l’histoire de cet ensemble soviétique ­ le premier à sortir de l’URSS pour jouer à l’étranger ­ est intimement liée à la personnalité de son fondateur, le violoncelliste Valentin Berlinsky, dont la petite-fille, la pianiste Maria Matalaev, édite pour la première fois et traduit (sa seconde activité) les carnets et Mémoires. À la fois intime d’Alexandre Soljenitsyne, de Sviatoslav Richter (76 concerts ensemble !), de Mieczyslaw Weinberg (l’un des compositeurs dont " les " Borodine furent les dédicataires), Maya Plissetskaïa et Andreï Sakharov, cet homme livre un témoignage capital sur ses contemporains et, bien sûr, la vie en Russie… sans oublier la noblesse d’êtres aussi uniques que David Oïstrakh et Richter, à propos desquels Berlinsky écrit : " Ce n’est plus une question de talent mais de la qualité de celui-ci. " Il n’y a pas de meilleure maxime pour qualifier cette vie totalement dévouée au quatuor.
Le Quatuor d’une Vie, Valentin Berlinsky, traduit du russe et édité par Maria Matalaev, Éditions Aedam Musicae, 300 p., 25 €.