Edités pour la première fois de manière officielle, ces enregistrements monophoniques furent captés dans les studios des radios WDR de Cologne et NDR de Hambourg. À l’aube de la carrière que l’on sait, la pianiste argentine testait divers répertoires avant de livrer, quelques années plus tard, des gravures devenues historiques comme son Gaspard de la nuit. Mais, avant tout, cet album permet de découvrir des oeuvres absentes de la discographie officielle : la sonate de Mozart, la N° 7 de Beethoven et la N° 3 de Prokofiev. La première semble tout droit sortie du moule d’un Gulda, l’un de maîtres d’Argerich : clarté de la construction, sobriété du chant, fraîcheur du jeu. Changement de style avec un Beethoven survitaminé, usant de dynamiques folles, mais aussi d’une âpreté déconcertante (Largo e mesto).
Comparée à l’enregistrement studio, la Toccata de Prokofiev paraît encore plus volcanique, avec une prise de risques radicale. La Sonate n° 3 est bondissante, d’une énergie débridée, assez proche d’un Gilels. La Sonate n° 7, trépignante et volatile, est d’une rare liberté de ton. La pianiste semble explorer le potentiel sonore et expressif de l’oeuvre avec un finale vampirisé ! C’est plus engagé encore que dans sa lecture en concert (Warner, 1979).
On réécoute Gaspard de la nuit dans la version de 1974, puis celle-ci, en 1960. L’impulsion nerveuse submerge Ondine et pas une mesure ne vibre déjà grâce à l’impact si reconnaissable du toucher. Ce n’est certes pas le plus beau et encore moins le plus émouvant que l’on connaisse mais le jeu d’Argerich possède quelque chose d’irrépressible, de solaire. Même la Sonatine voit son diminutif totalement disparaître sous des doigts aussi prodigieux !
MARTHA AVANT ARGERICH
Radio Classique
Des enregistrements radiophoniques inédits permettent d'entendre la pianiste argentine à ses tout débuts. Bien plus que des promesses