Quel a été votre parcours de compositeur lyrique ?
J’avais déjà écrit Correspondances, opéra de chambre pour 3 chanteurs et 8 instrumentistes, imaginé comme un 3e acte à Aventures et Nouvelles Aventures de Ligeti et créé à La Filature de Mulhouse en 1997. Ensuite, il y a eu Gesualdo, commande du chef Franz Welser-Möst pour l’Opéra de Zurich, mis en scène à par Moshe Leiser et Patrice Caurier, en 2010.
Votre héroïne a-t-elle existé ?
Moshe Leiser m’avait fait découvrir Charlotte Salomon à l’occasion de la création zurichoise de Gesualdo. Berlinoise, juive, cette artiste extraordinaire des années 1930 s’était réfugiée dans le sud de la France. Elle devait avoir vingt-quatre ans, et à Villefranche, elle a réalisé une œuvre picturale qui s’apparente à une quête d’identité. Il y a comme une malédiction qui s’abat sur elle : toutes les femmes de sa famille se suicident, et avec le nazisme, elle découvre qu’elle est juive. Elle est morte à Auschwitz. Sa peinture mélange la musique, le texte et le drame, avec cette interrogation formulée de cette manière : vie, ou théâtre ?
C’est cette fusion des arts qui vous a guidé ?
Avec le metteur en scène Luc Bondy, nous nous sommes servis de cette succession chronologique de tableaux pour déterminer une narration, que nous adaptons à la scène. Et comme l’œuvre de Charlotte Salomon est une fiction, il ne faut donc pas chercher des correspondances avec des personnages réels. C’est cette distance qu’elle a entretenue avec son propre passé qui m’a intéressé.
Il y a eu un premier livret… suivi d’un second ?
Richard Millet avait écrit un texte autour de Charlotte, assez proche, dans sa structure, de celui pour Gesualdo : il est parti des derniers jours de l’héroïne, avec un flashback à l’acte II sur sa jeunesse à Berlin ; puis un retour à Villefranche. Mais cela n’intéressait pas le metteur en scène de montrer l’histoire de cette manière… Il n’y retrouvait pas la fascination qu’il avait pour l’œuvre. " Il faut qu’on se concentre sur l’œuvre, et non sur la vie ", ajouta-t-il. Bondy m’a proposé de travailler avec la romancière et peintre Barbara Honigmann, passionnée depuis toujours par Charlotte Salomon puisqu’elle devait avoir un peu plus de vingt ans lorsqu’elle est allée jusqu’à Amsterdam, pour étudier ses planches de peinture.
Dans quelle langue l’opéra est-il chanté ?
Le livret est en français, avec des parties en allemand, car Barbara a dédoublé Charlotte. Deux personnages : une Charlotte Salomon, la créatrice de l’œuvre, qui est une récitante, et l’autre, Charlotte Kann, chanteuse, qui est un personnage de fiction. Nous avons conservé cette idée du bilinguisme, puisqu’à la fin de sa vie, Charlotte Salomon jonglait entre les deux langues.
Y aura-t-il des reprises après la création à Salzbourg ?
Rien n’est encore déterminé, c’est en cours Mais il n’y aura rien en France… Plutôt à l’étranger.
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Radio Classique
A cinquante-trois ans, le compositeur français vient de terminer Charlotte Salomon, opéra pour le Festival de Salzbourg. L’été de la consécration ?