L’IA dangereuse pour le secteur de la musique ? Une centaine d’artistes français se mobilisent

SADAKA EDMOND/SIPA

Dans une tribune, des centaines d’artistes et d’institutions musicales françaises font part de leur inquiétude face à l’augmentation constante des contenus générés par l’intelligence artificielle qui met en danger la création musicale. Il demandent la mise en place d’un plan de sauvegarde.

En octobre dernier près de 14.000 artistes parmi lesquelles les groupes anglais The Cure et Radiohead ou le compositeur Max Richter, et des entreprises avaient signé une tribune en ligne initiée par le Guardian pour dénoncer l’utilisation de leurs créations pour alimenter les algorithmes de l’intelligence artificielle (IA). En février dernier, ce sont plus de 34.000 artistes français, dont les musiciens Alexandre Desplat, Jean-Michel Jarre, Ibrahim Maalouf ou encore Victor Le Masne, qui avaient fait de même pour une tribune lancée par la Sacem avant le 3eSommet pour l’action sur l’intelligence artificielle.

Ce week-end, c’est dans le journal Libération que plus de 450 professionnels français de la musique ont signé une tribune qui appelle à la mise en place d’un plan de sauvegarde de la création musicale humaine menacée par l’IA. Selon les signataires, parmi lesquels Jean-Michel Jarre, Etienne Daho mais aussi la pianiste Vanessa Wagner et le compositeur Pascal Dusapin, le recours intensif à l’IA par les plateformes « dévalue la musique produite par les artistes et par là même le modèle du streaming musical qu’elles ont popularisé ».

La chanteuse lyrique Katia Ledoux déplore que l’IA puisse être utilisée pour de la promotion

Dans cette tribune, les artistes et institutions signataires demandent la mise en place de lois protégeant les droits des créateurs et garantissant une rémunération équitable pour l’utilisation de leurs œuvres par des systèmes d’IA. Ils demandent également aux plateformes de « faire preuve de volontarisme pour éradiquer les contenus 100 % IA qui diluent la valeur de la musique. C’est l’attractivité du modèle du streaming musical qui se joue ici et que l’afflux de contenus parasites ne ferait qu’élimer ». À ce titre, la plateforme Deezer est saluée pour ses démarches de transparence.

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Au même moment, la mezzo-soprano d’origine guadeloupéenne Katia Ledoux a publié sur Instagram et Facebook un message dans lequel elle s’élève contre l’utilisation abusive de l’Intelligence artificielle dans le secteur lyrique. La chanteuse se désole de voir « ses collègues (même certaines célébrités très bien payées) utiliser l’IA pour créer des annonces de représentations et des portraits d’eux-mêmes (…) Je vois aussi de plus en plus de compagnies d’opéra utiliser des images et des vidéos générées par l’IA pour leurs supports promotionnels ».

À la fin de son message, Katia Ledoux propose même une liste d’artistes visuels (illustrateurs, photographes, vidéastes,… ) qu’elle recommande chaleureusement car « En tant que chanteurs d’opéra ou compagnies d’opéra, nous ne devons pas supporter une telle spirale de malheur qui menace nos collègues artistes ».

Philippe Gault

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